Blog de Katherine Pancol

Une grosse baleine échouée sur la plage...

La semaine prochaine, je pars m'affaler sur une plage face à la mer et respirer et respirer et ne rien faire. Ne rien faire ! Mon rêve. Ne pas répondre au téléphone, ne pas répondre quand on me parle, ne pas répondre quand on me demande, quand on me conseille, quand on…
Fermer les oreilles.
Ne rien faire.
 
Les derniers mois d'écriture des Écureuils, j'avais l'étrange sensation de me vider. Ou pour être précise : de prendre toutes les forces en moi pour les jeter dans le livre, dans les personnages. Je les nourrissais tous à la becquée. Je sentais ma peau, mon sang, mes cheveux, mes dents se dévitaliser au profit du livre. Ce n'est pas des noisettes que dévoraient mes écureuils, c'était ma propre chair… Je me regardais dans la glace et je voyais mes cheveux s'affaisser, mes yeux s'enfoncer, mes joues tomber, je devenais floue. Est-ce possible, docteur ?
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Cinq fées avec une gomme...

Je vous le dis : ça n'en finit pas !
Chaque fois que je pose le crayon, que je ramasse les pluches de gomme autour du manuscrit, que je me dis "ouf ! fi-ni !", que je redresse la colonne, me frotte les reins, hé bien… ça recommence !
Encore une nouvelle lecture, une nouvelle traque de la coquille… avant de signer le BAT (bon à tirer) et que le livre file se faire imprimer.
Et, chaque fois, je repars pour 850 pages…
 
Résultat : j'ai 150 ans, le teint d'un champ de navets, des cernes mauves et marron, le cheveu essoufflé et le dos en zigzag…
 
Je ne suis pas la  seule à lire et re-lire !
Nous sommes cinq…
Cinq fées penchées sur les feuillets imprimés avec des yeux de lynx, des précis de grammaire et "le dictionnaire des difficultés de la langue française" à portée de main… Petit livre remarquable, clair comme l'eau d'une fontaine, qui règle le problème le plus sinueux. Je le trouve si captivant que je le lis pour m'endormir. Encore mieux qu'un polar ! Et que va faire la négation dans cette phrase ?  Tatata… Et le participe passé avec qui va t-il s'accorder ? Tatata…Vous le saurez au prochain épisode !
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Une vieille dame si digne...

C'était vendredi. Je sortais déjeuner…
 
J'ouvre la porte de l'immeuble, sors dans la rue, hume le temps, grand soleil froid, traverse le premier passage piétons, dis bonjour au monsieur du café tabac, Alex, "ça va, ma belle ? ça va, mon beau ?" et aperçois une vieille dame branlante qui traverse en zigzagant au milieu des voitures qui freinent.
Je ferme les yeux : elle va se faire écraser…
Les rouvre : elle est toujours vivante et est revenue sur le trottoir…
Elle m'aperçoit, s'accroche à mon bras et me demande de l'aider à traverser.
Je suis en retard, très en retard, mais je lui prends le bras et la guide…
Arrête le flot des voitures. Fais rempart de mon corps.
Arrivées de l'autre côté, elle ne lâche pas mon bras.
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Mes jeux olympiques à moi !

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Je trépigne, je trépigne...
Encore un mois et demi à attendre que les écureuils descendent de leurs arbres pour envahir les librairies...
Que c'est long ! Que c'est long !
Alors voilà la couverture...
Sur fond violet myosotis du glacier !
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Les écureuils ...

Non mais…
Pas le temps de vous murmurer dans le creux de l'oreille le titre du tome 3 qu'il est déjà dans le journal !
Alors bon..
Je vous l'annonce en fanfare et en noisettes :
 
"Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi…"
 
Et quoi encore ?
Que le livre commence avec Hortense et Gary et se referme à Central Park avec … Gary et Hortense.
Et un écureuil…
 
Et quoi encore ?
Que j'ai fini hier le dernier coup de crayon et le dernier coup de gomme sur les 831 feuillets avec Pierre et Octavie, atteints de scoliose et de torticolis à force de se tricoter le cou au-dessus des Écureuils…
Voilà, c'est fini...
Et que la fête commence !
 
 

Jérôme David Salinger est mort...

 Et je suis triste, triste...

C'est comme si un grand frère partait...

Il n'a pas écrit beaucoup, J.D Salinger, mais ce qu'il a écrit se visse dans le coeur. Il avait inventé une musique. Quand on la lisait en français, elle sonnait un peu moins bien, mais, en anglais, cela faisait une mélodie triste et drôle qui vous filait à la fois le sourire et le bourdon. Qui rebondissait sur des petits mots de rien du tout, des détails, des dentelles, des dialogues si vrais qu'on avait envie de passer la tête dans la pièce d'à côté pour surprendre les personnages en train de parler.

Je me souviens du début de "Un jour rêvé pour le poisson-banane". Le prof à Columbia nous l'avait fait étudier comme le début parfait d'une nouvelle parfaite. Et il avait raison. Je me souviens de chaque mot à sa place comme une note sur une portée de musique. Je les entendais et je montais dans une infinie allégresse...

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