Blog de Katherine Pancol

Alicia...

Pendant les vacances, les amis défilent à la maison. On épluche des pommes de terre, on fait griller des poivrons rouges, des kiwis jaunes, on goûte des confitures, on écoute à s'en assourdir Camelia Jordana, on rattrape le temps perdu toute l'année et on fait le point.
 
Ainsi ma copine, Alicia…
38 ans, un boulot d'agent littéraire à Londres, célibataire, de longues jambes, de grands yeux noirs écarquillés, des cheveux frisottés serpentins et une drôle de lumière qui fait briller sa peau, ses yeux, son sourire...
 
Quand je la voyais à Londres, Alicia était éteinte. Éteinte et presque douloureuse... J'avais toujours envie de la consoler.
Alicia disait qu'elle avait une vie formidable, qu'elle voyait des gens formidables, travaillait avec une femme formidable, que Londres était une ville formidable... et je la regardais en me disant que quelque chose m'échappait.
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Vacancy...

Dans ma tête, en ce moment, se balance un mot anglais: "vacancy". L'affichette, posée sur la porte des motels américains, qui prévient s'il y a des chambres libres ou pas. "No vacancy", on relance le moteur de la voiture sur un highway, "vacancy", on pousse la porte et on tend la main pour prendre une clé. On entre dans une chambre, on aperçoit le lino, souvent jaune, la salle de bains souvent verte et les serviettes toujours marron.
Un film démarre. Anthony Perkins est dans la douche. Sa mère empaillée l'attend à la maison... Danger !
 
Vacancy, vacances, vaquer dans l'anse, vaquer en vrac dans l'anse de l'été comme un pantin désarticulé.
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La guerre des cerises et des oiseaux...

cerises_vertes.jpgÇa ne s'arrange pas du tout ! Mais alors pas du tout !
Je cours toujours plus vite. Speedy Gonzalez est un escargot arthritique comparé à moi !
Aux prochains jeux olympiques, je m'aligne pour le 100 m.
 
Ce week-end, j'ai fait une pause. Je suis allée m'échouer sur le gazon normand. J'avais sillonné encore une fois les routes de France (Toulon, Aix, Marseille, Toulouse, Mont de Marsan…).
Coco, la fée de la maison, épousait Le bel Hector dans le Gers et nous sommes allés à la noce. 40 degrés à l'ombre… quand on en trouvait ! On rasait les murs, on se disputait l'ombre pointue d'une ardoise…
Mariés beaux comme des dragées, cortège enrubanné, klaxons, vins d'honneur, banquet et glou et glou et glou … et le lendemain, on recommençait !
Les mariés ruisselaient de bonheur, frais comme deux roses.
L'amour fait des miracles.
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Et ça ne se calme pas !

Je cours après le temps…
Je cours après les trains et les avions…
Je cours après ma brosse à dents que j'ai oubliée à Paris…

Les papiers à remplir pour les enfants (fin de l'année scolaire, formalités administratives, appartements à trouver…Maman ci, maman ça…)
L'été à organiser pour chacun…
La maison qui continue à tourner… (on mange quoi, ce soir ? T'as pas vu ma chemise blanche, j'en ai besoin tout de suite !)
Les demandes d'interviews des journalistes français, les demandes d'interviews des journalistes étrangers…
(20 pays ont acheté les droits des crocodiles, des tortues et des écureuils et partout, Joséphine Cortès et sa tribu sont adoptés)
Je cours, je cours…
 
Et je rêve au moment où tout va s'arrêter, où je vais retrouver le silence, le calme, la tranquillité…
Ne rien faire, ne rien faire.
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Un livre dans ma poche...

 J'ai fini "Le pouvoir du chien" de Thomas Savage et je suis triste. Pourtant je l'ai lu à petit pas, en savourant chaque page, en revenant en arrière, en mettant en bouche une phrase, puis une autre…

J'ai respiré la poussière du ranch, humé l'odeur des gants de cow-boy, vu les troupeaux se déplacer, la poussière s'élever, les lampes à pétrole brûler, entendu ricaner Phil quand Rose se met au piano, senti la gorge de George se serrer, la migraine étreindre les tempes de Rose et j'ai vu, de mes yeux vu, Peter entrer en scène. Peter et sa dégaine d'adolescent fluet qui va renverser l'intrigue comme on renverse une table de saloon quand la bagarre fait rage…
Je suis toujours triste quand je finis un livre où je me suis jetée, la tête la première, et qui m'a enchantée.
Je l'ai posé sur la table et je le relirai bientôt.
Pour le goûter à nouveau.
Pour découvrir d'autres pépites qui m'éblouiront.
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le temps file, file, file...

Et je cours après les heures et les jours…
Tout va trop vite, trop vite.
J'ai perdu mes repères, mes horaires, mes heures de silence à ramasser des brindilles, à en faire des pelotes de laine que je range dans un tiroir de ma tête en attendant de les tricoter en histoires, en émotions, en rires et en grimaces…
Il est si lent, le temps de l'écriture, et si rapide, celui de la promotion !
Je suis passée de l'enfermement total à l'exposition brutale. Et il faut faire bonne mine, sourire, faire savoir que le livre est sorti, qu'il est dans les librairies, répondre toujours aux mêmes questions…
Répéter, ânonner…
Lire mes propos déformés.
 
Drôle de temps que celui de la "promotion" d'un livre…
Je ne suis plus "moi", mais un reflet.
Et je regarde ce reflet avec étonnement. Avec la bizarre impression de ne pas me reconnaître. Comme si on parlait d'un moi que je ne connais pas.
C'est pareil à chaque sortie de livre. Je devrais le savoir… Mais à chaque fois, je ressens la même surprise, le même choc, la même sensation que je me brûle…
Rares sont les journalistes qui écoutent…
Ou qui lisent le livre.
Ou qui s'intéressent à l'écriture.
À cette vie si banale qu'est la vie d'un écrivain. Il n'y a rien à raconter. Pas de strass, de lampions ni de fêtes, rien que des heures qui s'égrènent lentement dans une solitude parfois douloureuse. Allez raconter ça ! Impossible ! Ça n'intéresse personne…
 
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