13/11/2008 - I love London !
Back from London…

Et toujours le même émerveillement à être là-bas.
Parce qu'ils sont si différents, si flegmatiques, si coool Raoul que je dénoue les lacets et expire de bonheur…
Les Anglais me lexomilisent complètement.

Ça commence à la gare de Saint Pancréas dans la queue des taxis. Ils se tiennent bien en ligne, personne ne vous double, ne vous houspille ni ne vous monte sur les doigts de pied. Ils avancent en souriant et disent des trucs comme "c'était bien notre voyage, n'est-ce pas ?" ou "tu as vu comme le fond de l'air est doux" et ils hochent la tête, placides.
Et moi, je noue mes bras dans le dos pour ne pas les embrasser…

Ça continue dans le taxi, dans le bus et même dans le métro…
Chez les amis qui m'hébergent, au bar du pub, dans les magasins, dans la file des musées…

Ah ! J'ai vu deux très belles, mais vraiment très belles expositions : Francis Bacon et Rothko. Une à la Tate et l'autre à la Tate Modern. Et j'ai encore dénoué les lacets devant tant de beauté…

J'avais un carnet noir moleskine et je l'ai rempli de notes.
J'avais un stylo bic en pendentif autour du cou et j'ai vidé toute l'encre de la cartouche.
J'avais un appareil photo et j'ai découpé la ville en centaines de tranches.
Je me suis remplie de mille détails pour les semer dans mon livre. Détails pour Philippe, détails pour Gary, détails pour Hortense, détails pour Alexandre et pour Shirley aussi… Tous ceux qui habitent à Londres et qu'il fallait que je "colorie" avec du vrai.
Le détail, c'est la baguette magique qui fait sortir le décor de terre et couler la larme sur la joue de l'enfant perdu dans le parc…

Je me suis assise dans la rue pour parler à une clocharde, j'ai pris le thé chez Fortnum and Mason avec une styliste de mode, j'ai dîné dans un grand restaurant pour interroger un banquier sur la crise et le crédit crunch (mais que font les banquiers affolés pour oublier que tout s'écroule autour d'eux ?), j'ai marché le long d'une mare pour accompagner Shirley et j'ai coursé les écureuils gris de Hyde Park en compagnie de Gary… À chaque fois, je changeais de "casquette" et entrais dans un personnage différent. C'est étrange comme on y arrive facilement au bout d'un moment…

J'ai eu plein de vies différentes grâce à eux et je me suis dit que la vie était vraiment belle quand on avait tant de gens à aimer, à habiller dans sa tête !

Je suis imbattable en autobus et en zigzags dans les rues pour traverser sans me faire ralentir par la foule…

J'ai traîné chez Top shop (mais Kate n'était pas là !), dans les vintages shop où les manteaux framboise années 50 rivalisent avec les cardigans vert pomme et les pantalons écossais taille haute… So deliciously retro ! Et pas cher du tout. Hortense s'habille vintage, of course !

J'ai traîné, traîné partout…
Avec des bottes de 7 lieues !

Et puis je suis rentrée.
Avec mon cahier en moleskine et mon bic en pendentif.
La tête farcie de nouvelles histoires à vous raconter avec juste les bons mots, les bonnes couleurs, les bonnes répliques, les bons DETAILS !!!!

Ah oui ! J'allais oublier : hier soir, en rentrant, poussée par vos mails et vos points d'exclamation, je suis allée voir un film, mais un film ! un film étonnant, émouvant, ample de beauté, de sensibilité, de justesse, un bonheur de film : "Séraphine" de Martin Provost avec la magnifique Yolande Moreau…

Alors merci…

Cela m'a consolée d'avoir laissé London sous le crachin britannique…





Katherine Pancol


05/11/2008 - YES, WE CAN !
Oh la la !
What a night !
Merci l'Amérique !

Merci de nous ouvrir un boulevard de rêve !
Merci de nous permettre de penser et de vivre autrement !
De nous tirer vers le haut !
Merci, merci, merci !

Yalla ! On avance, on avance !

J'ai envie de mettre des points d'exclamation et des smiley partout !

"La route est longue et la pente sera raide.." a dit le nouveau président, Barak Obama. Mais nous allons y arriver".
Yeah men !
C'est sûr qu'on ne va pas entrer au pays des bisounours mais, au moins, ce pays-là on a envie d'y aller....

Tout était parfait lors de cette dernière nuit...

Les longues queues de votants où tout le monde patiente sans s'énerver pendant des heures (vous imaginez la même chose en France ? Impossible...)

Le discours de John Mac Cain qui reconnaît sa défaite. Un modèle de vertu civique, d'humilité, de reconnaissance de la supériorité de son rival et de sa valeur... Aucune haine, aucune envie de revanche, aucun cynisme...
Au contraire : un appel à travailler tous ensemble !

(Je ne me souviens pas d'avoir entendu un discours pareil lors d'élections françaises. En France, la vie politique semble fonctionner sur la haine, la rancoeur, la revanche, les coups bas...)

La foule en liesse à Times Square et dans tout le pays...

Les larmes de Jesse Jackson... cet homme politique noir qui, un temps, avait été candidat...
Un visage baigné de larmes de joie et de "je n'y crois pas..."

Les têtes blondes-blondes et les têtes noires-noires qui se mélangeaient sur l'estrade du vainqueur...

Et ce matin, on se réveille en se disant que cette élection, c'est encore mieux que marcher sur la lune, c'est marcher sur du rêve !



Katherine Pancol


03/11/2008 - Comme un lundi matin...
L'autre jour, je déambulais dans les rues de Paris, cherchant comment emboîter mes idées pour un nouveau chapitre, guettant le clic et le déclic, l'enchaînement allegro ma non troppo, j'allais le nez au vent, je guettais les arbres qui se déplument, les feux rouges, les croix vertes des pharmacies, les carottes des tabacs, je scrutais les sorties de bouches de métro pour poser des mots sur les visages qui en émergeaient (excellent exercice de vocabulaire ! on redécouvre des mots pour décrire museaux, minois, trognes et frimousses ) lorsque je me suis fait doubler par…un bébé en landau 4/4. J'ai juste eu le temps de me jeter sur le côté pour laisser passer le bébé propulsé par une mère vrombissante.

Un landau 4/4 ! Une mère turbo ! J'avais jamais vu ça.
Un landau très haut perché, bleu marine, caréné en acier chromé, monté sur de grosses roues de F1 et qui faisait gicler sur les côtés tous ceux qui avaient l'outrecuidance de lambiner. Il aurait presque fallu un commissaire de course pour nous avertir de nous garer !
Et le bébé … Il était cramponné à une sorte de barre à l'avant et bavait furieusement, duvet au vent.

C'était un drôle d'attelage… cette mère TGV et ce bébé baveur. Tous les deux rouges, congestionné, si pressés d'arriver.
J'ai regardé le bébé et je me suis demandé ce qu'il deviendrait dans vingt ans. Quel genre d'homme il serait… Comment il s'adresserait à ses collègues. Comment il embrasserait sa fiancée. Comment il danserait au mariage de son meilleur ami, etc, etc… C'est un autre jeu auquel je joue dans la rue, l'autobus ou le métro. Dévisager un bébé et lui dessiner un futur. De PDG ou de rêveur. De moine bouddhiste ou de braqueur. De goujat ou de Prince Charmant (qui n'existe pas, je vous le rappelle ! Mais on peut toujours rêver…)


Sinon, quand je ne me fais pas bousculer par un bébé en 4/4, j'attends le résultat des élections américaines, le coeur battant.
Il y a des articles partout qui disent que les sondages se trompent tout le temps, que l'avance d'Obama s'effrite et quand j'entends le bruit de ce mot "s'effrite", il me court des frissons dans le dos.

Ces derniers temps, j'appelle souvent mes copains outre-Atlantique et je peux vous dire qu'ils tremblent. Évidemment, mon "échantillon" n'est pas très représentatif : ils habitent -pour la plupart- à New York et sont donc plutôt démocrates. (À la réflexion, je crois bien que je n'en connais pas un seul qui vote républicain). Ils se méfient des sondages et ont tous très peur que Mac Cain l'emporte parce qu'ils ne peuvent pas croire que l'Amérique profonde va voter pour un homme de couleur.
Il n'est pas loin le temps, me disait une copine black qui a pris sa retraite d'infirmière et vit dans le Queens, où dans les autobus les vieux noirs devaient se lever et laisser leur place à de jeunes blancs, pas loin le temps où dans les gares, il y avait des toilettes "Hommes", "Femmes" et "Autres"…

Alors ils ne peuvent pas le croire, tout simplement ! Et pourtant ils ont tellement envie d'y croire…

Mon ami Julian (si démocrate qu'il va à chaque élection dans les bureaux de vote vérifier les chiffres !) m'a avertie : il restera cloîtré chez lui devant sa télé en guettant LE résultat. Pas question d'aller s'éclabousser de confettis en attendant le nom du winner. Il a trop peur…
Il dit que c'est la dernière chance de ce pays, il dit que si Mac Cain et Sarah Palin l'emportent, il ne veut plus jamais mettre le nez en dehors de chez lui. Il est peintre et ne peindra plus que la vue de sa fenêtre ! Il dit aussi que Barak Obama ne sera pas un remède miracle, mais au moins, il donnera un peu d'espoir, un peu d'étoiles, un peu de raisons de chanter l'hymne américain, la main sur le cœur…
Jeune Amérique contre vieille école, espoir contre vieux clichés usés…

Et le bébé de Sarah Palin ! Ce bébé accroché au sein qu'elle brandit comme un étendard dans chaque meeting. Preuve irréfutable qu'elle est une bonne mère puisque ce bébé qui n'est pas "comme tous les bébés" non seulement elle l'a gardé mais en plus, elle l'a toujours sur elle ! Comme une broche.
Sinistre mise en scène.

Ce bébé-là aussi, on peut se demander ce qu'il sera dans vingt ans. Oublié quelque part par sa mère qui n'en aura plus besoin ?

Le 5 novembre, on saura…
Le 5 novembre, on sera…
Joyeux ou sinistre. La vie est belle ou je traîne les pieds et racle le bout de mes chaussures sur le trottoir.

Le 5 novembre, joyeuse ou déprimée, je partirai pour la perfide Albion.
Pour London.

À London-London, je vais retrouver ma "petite" et tous mes amis du livre. J'ai besoin de revoir la rue où travaille Philippe, l'école d'Alexandre, les parcs où déambule Gary, besoin de rôder près de la nouvelle maison d'Hortense ( qu'elle partage avec quatre garçons…), d'aller prendre le thé chez Fortnum and Mason avec Shirley, qu'elle me parle de son nouvel amoureux… besoin de remettre de la couleur, du son, des odeurs, de la pluie, du brouillard et des images sur les histoires que je leur invente à tous.

Et pour cela, rien ne vaut un déplacement avec repérages, visites dans les salons de thé, les lignes du métro anglais qui tombe en panne tout le temps, les maisons où le chauffage se détraque, où l'eau chaude est un luxe… J'irai même à l'Opéra puisque j'y ai imaginé une scène torride entre Philippe et Joséphine dans un recoin d'escalier…

Ensuite, je reviendrai à Paris faufiler tous ces détails dans mes chapitres. J'améliorerai le décor, ajouterai un rideau, une fleur, un passage clouté, un Indien enturbanné, un trottoir luisant de pluie, une écharpe abandonnée sur un banc, un écureuil gris qui détale, une odeur de bacon brûlé, un autobus rouge. Du détail, du détail pour que la scène s'anime et vous emporte...

Je reviendrai à Paris retrouver Joséphine et Zoé, Marcel, Josiane et Junior, et les bébés pressés en 4/4 !










Katherine Pancol


27/10/2008 - Soeur Emmanuelle et les petites cases dans la tête...
Jeudi dernier, je suis allée à la messe pour Sœur Emmanuelle à Notre Dame.
Et c'était beau. Et c'était pas triste. Et il y avait des cantiques et des paroles qui parlaient d'amour. Et tout cet amour montait vers le Ciel et on avait envie de le retenir entre ses doigts.

Vous savez ce que j'aime par-dessus tout chez Sœur Emmanuelle : elle n'avait pas de préjugés. Elle jugeait selon le cœur, seule aulne à laquelle on devrait être jugé.
Elle commençait par aimer. Elle donnait sa chance à tout le monde. Elle ne faisait pas de catégories.
Il y a trop de gens qui ont des cases dans la tête et y rangent les autres sans même les connaître.
Juger avant de savoir. Juger avant de connaître. Juger selon des étiquettes.
C'est une manière de fermer la vie, de la figer, de s'interdire d'aller de l'avant. D'être surpris. De recevoir le soleil.

Sœur Emmanuelle embrassait le monde. Elle le réchauffait. Après l'avoir écoutée ou lue, on avait envie de dire "Yalla ! On avance !".

Dans l'une de ses dernières interviews, elle raconte cette anecdote :
"Je ne suis pas choquée que certains grand patrons gagnent de véritables fortunes. Ce qui est insupportable est qu'ils ne la partagent pas. Un jour, un généreux donateur m'a invitée à déjeuner et a signé dans la foulée un chèque de 50 000 euros en m'expliquant qu'il avait tellement d'argent qu'il pouvait me faire un tel chèque sans que cela ne fasse aucune différence sur son compte. J'étais outrée par son discours."
Elle n'a pas jugé cet homme avant de se rendre au déjeuner. Elle ne s'est pas dit "je vais déjeuner avec un salaud de riche."
Elle y est allée, le cœur plein d'amour, d'allégresse, de "on avance, on avance".

Ne pas avoir de préjugé, c'est être libre. Avec un grand espace intérieur.
Ne pas avoir de préjugé, c'est poser son regard sur l'autre et lui dire "vas-y, étonne-moi, donne du beau, de l'élan, de la confiance aux autres parce que tout seul, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien."

Juger avant de connaître, c'est fermer la porte à l'autre.
C'est se vanter de savoir.
Qui sommes-nous pour savoir ?
Qui sommes-nous pour juger ?

Aujourd'hui, on crève de toute cette haine rentrée.
Ces idées toutes faites qui nous séparent les uns des autres.
Quand les enfants étaient petits, j'avais affiché dans la cuisine, une carte postale où était écrit une phrase : "Un raciste, c'est quelqu'un qui se trompe de colère".

Nous sommes tous en colère en ce moment parce que le monde change et que nous avons peur. Je sens la colère monter dans l'air comme un gros nuage noir. Un gros nuage noir prêt à crever au-dessus de n'importe quelle tête que l'on rendra responsable.

"Fends le coeur de l'homme, même s'il est dur, fends-le et parfois tu y trouveras un
soleil".

Il y a des patrons formidables et il y a des employés pas formidables. Il y a des riches généreux et il y a des pauvres qui sont pingres. Il y a des blondes intelligentes et il y a des pas blondes, pas intelligentes. Il y a des enfants méchants, des adultes sans défense, des banquiers honnêtes et des pas banquiers malhonnêtes…
Oublions les étiquettes.
Juste ouvrir l'œil et donner sa place à l'autre, lui permettre de s'épanouir, de s'ouvrir et de donner.
On pourrait dire ça autrement.
Juste aimer.
Et ça fait du bien d'aimer. De sourire. De donner.
On se sent tout réchauffé.

Ce jour-là devant et dans Notre Dame, il y avait tous les gens du monde : des dames avec des foulards Hermès autour du cou et des dames avec des foulards qui couvraient leurs cheveux, des chiffonniers et des messieurs bien mis, des noirs et des jaunes, des puissants et des anonymes, des petits et des grands, des casquettes et des colliers de perles.
Ils étaient tous coude à coude dans la cathédrale ou sur l'esplanade.
Ils avaient tous un cœur qui voulait entendre une dernière fois le message d'amour de la sœur.
Pour se l'imprimer dans la tête et ne plus jamais l'oublier.
Parce qu'on oublie vite ce qui rend heureux…














Katherine Pancol


20/10/2008 - La Rochefoucauld et Soeur Emmanuelle...
Page 108 ! J'ai dépassé le cap de la centaine et je me pavane fière comme une paonne dans ma chambre transformée en bureau.

Mon bureau était devenu trop petit pour contenir mes papiers, mes notes, les photos que je découpe dans les journaux pour saisir une attitude, un regard, les livres que je consulte pour vérifier mes élans imaginaires, les dictionnaires, les encyclopédies, les précis de grammaire, les blocs où je prends des notes dans le métro, les blocs plus petits où je prends des notes en douce (au cinéma ou au restaurant), les livres d'art qui me régalent l'œil, les livres de maths que je déchiffre en tâtonnant pour Junior (oh la la ! Junior … il m'en donne du boulot ! C'est un puits de culture, un Pic de la Mirandole. Je suis obligée de lire une bibliothèque pour glaner quelques détails pour lui…). Bref, j'ai déménagé et j'ai tout emporté dans ma chambre.
Désormais, Chaussette n'a plus un centimètre de parquet pour se poser et il est obligé de prendre son élan et de sauter de la porte au lit où je lui ai réservé un emplacement afin qu'il participe lui aussi à mes longues heures d'écriture. Le premier jour, il gémissait sur le seuil en voyant l'étendue de papiers posés à terre qui lui interdisait de m'approcher…

Donc je venais de passer la page 108, je m'auto-congratulais sur mon lit – je travaille répandue pour éviter les crampes aux épaules qui me saisissent quand je passe des heures assise à mon bureau ! - et je me demandais "mais pourquoi es-tu de si bonne humeur ? Le monde s'écroule autour de toi et tu souris ! Pourquoi as-tu envie de jubiler, de balancer ton cœur, d'embrasser le facteur, la concierge, le réparateur d'ascenseur, le coursier, l'amie de la voisine qui s'est trompée d'étage et sonne à ta porte ?"
Pourquoi ?

La pomme de Newton m'est tombée sur la tête et j'ai compris : c'était les mots. La fréquentation des mots.
Les mots me mettent en joie, me font saliver, m'emportent, m'envolent ! Je dis "circonspect", "sollicitude", "empressé", "revêche", "hardi et insinuant" et je décolle direction la lune. Mollement répandue sur mon lit, noyée sous mon océan de livres et de papiers, de lourdes encyclopédies, je danse une valse infinie.

Et de me souvenir, que, depuis toute petite, les mots m'ont toujours envolée.

Ça a commencé avec "Sans famille" d'Hector Malot, je devais avoir 5 ans, revenais du Maroc et ma mère m'avait appris à lire et à tracer des lettres. Je me revois sur les marches d'un large escalier en pierre ouvrant "Sans Famille" et ne décollant plus de la journée…

Je me souviens d'une autre fois où je sombrais dans le chagrin, je me noyais, je me noyais quand ma main est tombée sur un volume de La Rochefoucauld. Sauvée ! J'étais sauvée ! Je prenais mon petit-déjeuner en lisant ses Maximes, ses réflexions diverses, ses Mémoires. Il y avait un passage qui me mettait de belle humeur et gommait mon chagrin, celui où La Rochefoucauld raconte le projet de mariage entre la Grande Mademoiselle (la sœur de Louis XIV) et le duc de Lauzun. Ce passage-là, je le recommande à tous les neurasthéniques, les mélancoliques, les échoués dans la crique…

Pour décrire la sœur du Roi, par exemple, il emploie ces mots : "quarante-cinq ans, avare, rude et orgueilleuse". On la voit, elle est croquée. Pour Lauzun : "assez mal fait de sa personne, d'un esprit médiocre, et qui n'a pour toute bonne qualité que d'être hardi et insinuant".

"Hardi et insinuant" devenait un toboggan que je dévalais en éclatant de rire. "Hardi et insinuant" ! On imagine le bonhomme, fourbe, manipulateur, pervers, fou de lui-même, poussant ses pions dans l'ombre pour servir son ego. Je lui collais de fines moustaches, un long nez fin, des joues creuses, des yeux ombrés de jaune, - jaune bilieux-, lui flanquais une épée sur le côté, des bas blancs, un chapeau de Mousquetaire et le duc de Lauzun sautait à ma table de petit déjeuner ! Il m'entretenait des potins de la Cour et du cœur de sa promise qu'il n'aimait pas bien sûr, mais dont le prestige viendrait rehausser la pâleur de la maison de Lauzun en le plaçant à la droite du Roi.

Je buvais mon thé, posais mon livre et lisais à voix haute les mots de La Rochefoucauld et, quand j'avais fini, le soleil fondait sur moi en grosse boule de bonheur et séchait mon chagrin. Je rayonnais, je bichais, je sautais tel un kangourou dans mon appartement et descendais dans la rue en glissant sur la rampe de l'escalier…

Plus tard encore, alors qu'un autre chagrin me terrassait et me laissait les bras en croix, je remontai la pente en lisant la correspondance de Flaubert. Il y avait trois tomes de La Pléïade à l'époque (aujourd'hui, il y en a cinq !) et j'allai mieux dès le milieu du premier tome en papier bible.
Une fois encore les mots l'avaient emporté sur l'adversité.

Et cela me rappelle Jean Genêt. Quand il fut jeté en prison et qu'un gardien lui lança un volume de "A la recherche du temps perdu", je crois bien que c'était "À l'ombre des jeunes filles en fleurs", pour qu'il passe le temps. Il l'ouvrit, lut la première phrase… et sut à l'instant même qu'il ne serait plus jamais malheureux.

Plus jamais malheureux !
Je ne suis pas la seule à être dingo des mots.
Certaines lectrices m'avouent être ivres de livres.

Pour moi, les mots guérissent plus sûrement que le Prozac ou que les antibiotiques.
Les mots sont des remèdes fantômes.

Alors quand je dépasse la page 108 allégrement, quand les heures cavalent au cadran de mes montres, quand je commence à 9 heures du matin et relève la tête, hilare et fourbue, à 18 heures, que j'ai faim et que je titube tel Pantagruel jusqu'à mon Frigidaire, j'éclate d'un rire assourdissant et remercie les mots de m'avoir envolée toute la journée !

Alors, il est sûr que l'actualité passe à la trappe…
Je me force à lire quelques journaux pour comprendre ce qui se passe autour de moi. Je lis toutes ces histoires de traders, ces voraces jamais rassasiés, qui jonglaient avec les millions de dollars et les millions d'euros et ruinèrent le monde. Le pire, c'est que je ne suis pas sûre qu'ils se soient vraiment amusés en jonglant de la sorte. Ils ont eu, c'est sûr, des décharges d'adrénaline, des sueurs froides et des bouffées chaudes. Ils ont échangé des bourrades de connivence, des bourrades de "ouf ! On n'est pas passé loin !", ils ont flambé leurs beaux billets, mais c'était des étincelles de vie, ce n'était pas la vie. Ruiner la planète pour deux secondes de jouissance. C'est un peu court, jeune homme !

Sœur Emmanuelle leur aurait remonté les bretelles avec des mots durs et directs dans son grand sourire. Ils seraient sortis KO de l'entrevue et auraient peut-être rougi. On peut l'espérer…
Ou alors il aurait fallu les envoyer travailler avec les chiffonniers du Caire.

Je me demande comment La Rochefoucauld aurait jugé notre époque…
Lui qui disait : "il y a des héros en bien comme en mal".



Katherine Pancol


13/10/2008 - Aimez-vous Alfred ?
Quelle semaine ! Mais quelle semaine ! Le monde économique s'affole, s'écroule, virevolte, gronde, remonte, redescend, pique du nez et des épaules, et moi, je danse la gigue de joie avec mes 87 feuillets et mes personnages.
C'est ça qui est bien quand on écrit : on oublie tout.
Surtout que c'est tintanabulesque, cette histoire de crédits pourris qui font exploser le monde ! Moi, ces dirigeants qui se goinfrent en exploitant les petits, je les enverrais tous vivre comme survivent ceux qu'ils ont escroqués. Ce serait bien pire qu'un terrible châtiment…
Grrrrr… Je change de sujet sinon je vais m'énerver !

Cette semaine, c'était le Prix du premier roman Carrefour.
Un roman qui va être mis en vedette dans tous vos magasins Carrefour avec un joli bandeau (enfin, j'espère !).
Et j'étais Présidente du jury. Un jury mixte : cinq lecteurs et cinq "personnalités". Donc un jury pas pourri. Un jury qui dit ce qu'il pense des livres proposés et a le courage de voter pour celui qu'il aime vraiment. De le défendre, d'argumenter. Des jurés qui avaient lu chaque livre, s'étaient sentis responsables de chaque auteur et donnaient leur avis en pesant chaque mot.
Ce fut très intéressant.
J'avais choisi quatre amis : Christine, une amie comédienne, Pascale, une amie journaliste, Jean, un ami romancier et poète, Xavier, un ami écrivain et critique littéraire. Ils aiment tous lire et lisent attentivement. Pas en bâclant et en regardant la télévision de l'autre oeil.
Et il y avait aussi : Lydie, Dominique (au féminin), Julie, Christian et Evelyne, des lecteurs sélectionnés par Carrefour. Des avides de livres. Des pour qui la lecture est importante. Une sorte de viatique pour mieux vivre.

On s'est retrouvé dans un restaurant avenue Malakoff. Dans une grande salle avec verrière et fenêtres ouvertes sur un minuscule jardin. Mais bon… il y avait du vert et du soleil.
Et du champagne et de la tarte aux pommes avec grosse glace vanille en dessert !

Très vite, deux livres se sont détachés : "Le Passé devant soi" de Gilbert Catore (éd Phoebus) et "Les constellations du hasard" de Valérie Boronad (éd Belfond).
Les deux sont beaux, bien écrits et racontent une histoire.

"Le passé devant soi" est un livre bouleversant qui raconte l'indicible sans verser une goutte de sang ni nous obliger à sangloter. Qui parle de mémoire, d'appartenance, de barbarie, de cruauté, de racines, de filiation. C'est âpre, poétique, dur comme de la pierre ou comme le cœur des bourreaux. C'est fait de petits riens qui nous emportent vers le néant. C'est un livre dont on se souvient longtemps et qui revient nous hanter la nuit.

"Les constellations du hasard" est un livre séduisant, brillant, drôle, émouvant, avec des passages magnifiques, oniriques, où l'on s'envole avec l'auteur. L'histoire est surprenante, attachante et surtout, surtout comme l'ont fait remarquer deux lectrices, "elle file la pêche" et par les temps pourris qui courent, c'est bien de refermer un livre en souriant comme le Ravi de la crèche !

On a longtemps hésité entre ces deux titres et puis "Les constellations du hasard" l'a emporté. Mais de justesse…

C'est terrible de choisir…
Entre deux bons livres.
J'aurais voulu les mettre ex-aequo. Mais bon…

Sinon je voulais vous raconter une drôle d'expérience qui m'est arrivée l'autre jour.
Je sortais de chez le dentiste (ouille-ouille !), il faisait beau, je marchais dans les rues de Paris que j'aime à la folie et je me disais est-ce que je rentre à pied ? (et je bouscule mon horaire de travail) ou est-ce que je prends le bus ? ( et je suis plus vite sur mon clavier à tapoter)…
Là aussi, il faut choisir et je ne suis pas très bonne pour choisir.

Alors j'ai marché jusqu'à l'arrêt d'autobus. En remettant à plus tard ma décision. En la faisant dépendre de facteurs extérieurs : le bus arrive et je suis bien obligée de monter dedans, il se met soudain à pleuvoir et je suis bien obligée de monter dedans, je me tords la cheville et je suis bien contente de monter dedans…

J'arrive ainsi en baguenaudant devant la salle Pleyel.
Il était sept heures et demie et les gens se préparaient à entrer dans la grande salle écouter Alfred Brendel, un pianiste à s'envoler avec des ailes dorées, qui interprétait ce soir-là le concerto pour piano n°9 de Mozart, dit "Jeune homme". C'était le dernier concert qu'il donnait pour son public français et, sur le trottoir devant la salle Pleyel, les gens se précipitaient vers chaque passant avec une question dans leurs yeux fiévreux "vous n'auriez pas un ticket à me revendre ?"
Moi, je n'avais que des tickets de bus et encore, je n'étais pas sûre de le prendre…

Il y avait aussi les gens qui attendaient des amis, des gens qui sortaient leurs billets de leur sac, des gens qui fumaient une dernière cigarette, des femmes qui regardaient leurs montres, des hommes qui éteignaient leur téléphone…

Je me suis arrêtée une fois, deux fois, trois fois pour dire "non, je n'ai pas de billet" et puis, je me suis arrêtée tout court, prise dans la ferveur qui se dégageait de tous ces gens. Ces gens qui attendaient cette soirée comme un moment magique, ces gens qui mettaient tout leur cœur et parfois toutes leurs économies pour aller écouter cet homme-là, ce pianiste-là, sa manière de jouer, d'explorer les notes, de les faire retentir pour leur remplir l'âme. Il montait de cette foule comme une prière sublime, une ferveur sacrée… et je suis restée plantée devant l'arrêt d'autobus, recueillie comme dans une église.

J'ai attendu l'autobus pendant vingt minutes. Vingt minutes où je me suis remplie de beauté et de cette émotion que m'offraient sans le savoir les visages des passants, cette émotion qui se diffusait sur le trottoir …et c'était doux et bon d'attendre.
Joie paisible, étrange, joie qui se dilatait en moi.
J'étais grisée, heureuse, apaisée aussi…
Comme si j'assistais au concert rien qu'en regardant les gens…
C'était étrange.

La vie était belle, même si je sortais de chez le dentiste et que des banquiers pourris s'en mettaient plein les poches en allumant des incendies dans le monde.
Et je me suis dit que je les plaignais bien, ces banquiers pourris, de ne pas connaître cette joie si simple : attendre un autobus devant une salle de concert où joue Alfred Brendel le Grand…


Katherine Pancol


06/10/2008 - Une jeune Malgache, Romain Gary and me...
Une lectrice revient de Madagascar et me rapporte cette anecdote.


Une jeune Malgache lui demande :
- Vous n'avez pas d'arbres en France ?
- Si, si.
- Vous n'avez pas d'eau, pas de rivières, pas de lacs ?
- Oui, bien sûr.
- Vous n'avez pas de montagnes en France ?
- Mais oui, nous avons tout cela.
- Alors, pourquoi vous photographiez tout ?

Hi ! Hi ! Hi !

Elle a raison, la petite Malgache !
C'est quoi cette frénésie de tout mettre en boîte, de faire des photos de tout, de tous, tout le temps, photos qu'on ne regarde presque jamais ou qu'on inflige aux autres lors d'interminables et ennuyeuses projections ou soporifiques diaporamas ?

Au lieu de regarder, de se remplir, de se tapisser la prunelle, de se laisser gonfler le cœur par tant de beauté…

Romain Gary écrit quelque part dans un livre que pour se souvenir d'un paysage somptueux, il l'associait à un plat savoureux qu'il dégustait face au panorama. Ensuite, revenu chez lui, il lui suffisait goûter à nouveau le plat pour revoir le coucher de soleil ou les chutes vertigineuses !

Je suis allergique aux gens qui m'obligent à regarder leurs photos de famille, de girafes ou de mares aux nénuphars. On est obligé d'opiner du bonnet, de sourire avec un air confit, de faire semblant de trouver cela passionnant, émouvant, magnifique alors qu'on retourne son poignet pour regarder l'heure ou qu'on étouffe un bâillement dans la paume de sa main !

Alors, Little Malgache du bout du monde, je vous embrasse et vous félicite !



Katherine Pancol


01/10/2008 - J'ai franchi le petit pont...
Alors je sais maintenant que j'ai atteint le point d'immersion totale dans le roman…
Que j'ai franchi allégrement le petit pont entre réalité et fiction
Et que je me suis installée de l'autre côté, au pays de la fiction !

Comment je le sais ?

Cela s'est passé hier soir.
Je suis allée à l'ouverture de la très belle exposition sur EMIL NOLDE (il paraît qu'on prononce Noldé…), peintre allemand-danois du siècle dernier (il est mort en 1952 à 90 ans) dont j'ignorais complètement l'existence jusqu'à hier soir 19h15…

Peintre magnifique. Un vrai tumulte. Avec des couleurs de carnaval qui chantent à tue-tête, des personnages qui vous sautent au visage, des aplats de peinture qui se tordent sur la toile, des audaces qui font gémir de plaisir. J'étais si heureuse que j'ai fait l'exposition dans tous les sens. Si heureuse que j'ai acheté le catalogue et que j'ai dormi avec…

Bref, j'étais au Grand Palais avec Emil Nolde, dans les couleurs de Nolde, les entrailles de ses hommes et de ses femmes, dans leurs bouches, dans leurs yeux et je suis partie en fusée dans mon livre, dans les tourments de mes personnages, les bouches qui rient, les yeux qui pleurent, les corps qui se déchirent…
J'avais franchi le petit pont. J'étais "ailleurs".
Emil m'avait mise sur orbite et envoyée loin, très loin.

Soudain…
Je me suis heurtée à une femme. Je l'ai regardée, je me suis excusée, j'ai passé mon chemin et la femme a dit "Katherine ?" et je me suis demandé "je la connais ?". Je n'étais pas sûre.
Eh oui ! je la connaissais, je la connaissais très bien SAUF QU'ELLE N'EST PAS DANS MON LIVRE, ELLE !
Alors je l'avais zappée.
Je me suis excusée, je n'étais pas fière de moi.

Et j'ai continué mon chemin avec Nolde.
J'ai oublié de vous dire que c'était une soirée privée, une soirée sur carton d'invitation avec guide et tout et tout…
Le guide avait l'air vraiment passionné par ce qu'il racontait et quand les gens sont passionnés, on se suspend à leur bouche. Il parlait des rapports de Nolde avec Van Gogh, avec Matisse, avec les impressionnistes, avec les nazis qui l'ont condamné pour peinture décadente, qui ont confisqué ses toiles et avec lesquels il a essayé ensuite de se réconcilier.
Je regardais les vagues de Nolde, les tournesols de Nolde, le couple qui boit, la catin qui se déhanche, Adam et Eve et le serpent au paradis terrestre… quand, une fois encore, j'ai entendu qu'on m'appelait et une fois encore, je n'ai pas reconnu la personne.
Pas reconnu du tout.
C'était de pire en pire.

Il a fallu que je change mes yeux.
Que j'ôte mes yeux de roman et mette mes yeux de vie de tout le temps.
Pour revenir dans le réel…
Je venais juste de finir une scène "torride" entre Joséphine et Philippe et j'étais encore en embuscade dans le petit recoin du théâtre londonien où ils se heurtent l'un à l'autre alors que dans la salle, on joue les sonates de Scarlatti… Mon corps était bien là dans les galeries du Grand Palais à Paris, mais ma tête était restée dans le livre à Londres.
Et j'ai tout confondu : le Grand Palais, Nolde, Le Royal Albert Hall, Scarlatti…
Je m'attendais à retrouver Shirley, Jo et Philippe… Pas les personnages de "ma" vie.

J'avais un peu honte de moi. Je me suis dit que les gens allaient penser que je les ignorais, que je me pavanais, ivre de mon importance, alors j'ai regardé mes pieds, j'ai regardé les tableaux et j'ai avancé sans plus jamais lever le nez en l'air…

Alors si, d'aventure, je vous croise dans la rue, que vous me demandez l'heure et que je vous réponds "moins le quart", ne vous étonnez pas, ne dîtes pas elle est bizarre, celle-là… c'est juste que je ne suis plus là, que j'ai franchi le petit pont !


Katherine Pancol


26/09/2008 - A new life in Poche !
Je ne résiste pas et je vous présente mes titres "rhabillés" pour la présentation en Poche !
Ils sont beaux, mes petits, non ?

Une Mama qui se pousse du col et biche, biche, biche


Ps : .. même si c'est tout petit et qu'on ne voit pas grand chose !

Katherine Pancol


25/09/2008 - Brad Pitt on MY beach...
Si, si je suis bien revenue d'Ukraine.
Il y a presque dix jours maintenant.
Le problème, c'est que je suis repartie aussitôt.
Dans mon livre.
Alors…
Je suis aux abonnés absents.
Je ne réponds plus de rien.
Je ne sais plus quelle heure il est, de quel jour, de quel mois, s'il fait beau ou pas, si c'est l'heure de dormir ou de manger et comment je m'appelle déjà ?

Je suis ailleurs.
Dans un autre monde.
Avec Hortense, Gary, Shirley, Joséphine, Marcel, Josiane…
Je suis dans les étangs glacés de Hampstead pond ou en train de passer mon HDR.
Dans mon autre vie.

Officiellement, j'étais partie en Normandie (ça, je m'en souviens ! ) avec le chien Chaussette et mon ordinateur.
Pour reprendre le cours du livre que j'avais abandonné pour aller faire mon intéressante chez les Ukrainiens.

Après, je me souviens très bien, j'ai ouvert la maison, j'ai ouvert l'eau, le gaz, j'ai ouvert l'ordinateur, j'ai fait la balançoire (vous vous souvenez, je vous ai expliqué ce que c'était…) et… je me suis envolée !
Je me souviens bien que je me levais le matin, je me souviens bien que je me faisais mon thé, mes tartines avec un œuf coque, une lichette de fromage, de la confiture délicieuse de cerises noires, je me souviens bien que je donnais ses cinq bonbons (spéciaux pour chiens gourmands !) au chien Chaussette qui se trémoussait de plaisir sur les froids pavés de la cuisine…
Je me souviens bien que je mettais un CD du vieux Haydn, que je m'installais devant l'ordi. Que je répondais à vos mails pour me remplir de tous les sourires, de tout le bonheur que vous m'envoyez et hop ! Après…je partais !
Je partais dans mon histoire et les heures tournaient, tournaient…

Parfois, je revenais à moi.
Parfois, j'avais faim. J'attrapais un bout de fromage, un morceau de pain, une plaquette de chocolat, je me faisais un Nescafé, à tâtons en gardant les yeux rivés sur l'écran…
Si jamais un mot extraordinaire passait par là, un mot comme "sollicitude" ou "amphigourique"…
Ou une idée pleine de possibilités…
On ne sait jamais…

Et quand je levais les yeux pour regarder l'heure, c'était un choc ! La moitié de la journée avait passé. Ou parfois, c'est toute la journée qui avait filé et j'étais toujours là, en pyjama, avec mon café froid, ma croûte de fromage qui transpirait sur la table et les miettes de pain qui séchaient…

Alors vite, vite, j'allais me laver les dents, vite, vite, j'allais prendre ma douche, vite, vite, j'allais voir la mer, vite, vite j'allais regarder le soleil, les mouettes, vite, vite, j'allais me coucher sur les galets, déchiffrer les nuages dans le ciel, vite, vite…
Avant qu'il ne fasse nuit...

Parfois j'arrivais avant que tout ne ferme.
Parfois, pas.

L'autre jour, je me suis précipitée dehors comme une folle qui cherchait le jour, la mer, le soleil.
Pas en pyjama, mais presque (il n'y a jamais personne dans mon petit village). Hirsute. Le nez rouge de l'avoir trop frotté pour trouver un mot. Le cheveu gras (pas le temps de les laver !). J'ai couru en haut de la falaise pour me dérouiller les jambes, pour entraîner Chaussette et, de là-haut, j'ai aperçu un monde fou sur la plage. Mais quand je dis "fou", ce n'est pas une exagération d'écrivain, emporté par son lyrisme.

Non ! Un vrai embouteillage de voitures, de cars, de camions, de motos, de tréteaux, de tentes. Il y avait même une sorte de cantine improvisée où l'on cuisait des petits pains et des saucisses, où l'on faisait chauffer des pots de café et de thé.
Des gens couraient partout, se bousculaient, aboyaient des ordres, portaient des câbles, des écrans gris, des écrans blancs, des piles de vêtements…

Je me suis frotté les yeux, je me suis demandé si j'étais encore dans mon livre ou dans la réalité (parfois, je ne sais plus !), j'ai frotté, frotté. À mes pieds, Chaussette gémissait, furieux que j'ai interrompu la promenade, et je me suis dit non, non, je suis dans la réalité.

Alors je suis descendue vers la plage.
J'ai croisé une, deux, trois, quatre, dix, vingt personnes (dans mon village, il y a trente-cinq habitants, hors saison !), tous avec des appareils photo, de grands sourires et des mines extatiques.
J'en ai arrêté un.
Je lui ai demandé pourquoi il y avait tant de monde. Pourquoi il avait l'air si heureux…
On venait de trouver une mine d'or et on distribuait les lingots ? Jean Paul II avait fait un crochet par chez nous ? Bernadette Soubirous était revenue et guérissait les écrouelles ?
Il m'a dit "non, non". Il s'est exclamé "parce que vous ne savez pas !" en me foudroyant du regard…
Et puis, il m'a dit un truc incroyable.
Un truc extraordinaire.
Un truc que j'en ai pas cru mes oreilles.
Un truc que je me suis mise à courir, courir vers la plage.
Courir comme une dératée vers les petites fourmis noires qui s'agitaient sur la plage…


Brad Pitt était sur la plage !
Sur MA plage…
Ma petite plage si belle, si unique, si ravissante, si recroquevillée dans sa crique, si modeste, si bien gardée par deux falaises rose orangé, si doucement incurvée, si magnifiquement inconnue du reste du monde…
Ma petite plage dont je connais chaque galet…

Il était là.
Avec ses deux bras, ses deux jambes, sa tête de Brad Pitt. Un petit chapeau de cuir sur sa tête de Brad Pitt.
Il tournait un film publicitaire vantant les mérites d'un téléphone portable. Pour le Japon. Il était là. Devant moi. S'appuyant à la porte de ma cabine blanche. En pantalon jaune et blouson de cuir. Il téléphonait. Ou plutôt il faisait semblant de téléphoner parce que le portable, il ne passe pas dans mon village ! Ça rend les gens furieux, d'ailleurs. Ils se tortillent par terre en tendant un bras pour attraper un bout de réseau, ils grimpent aux arbres, ils montent sur les toits, ils escaladent la falaise pour que "ça" passe !

Rien ne passe dans mon village et il ne se passe jamais rien.

Sauf ce jour-là où Brad Pitt tournait une publicité en pays cauchois.

Après l'avoir bien regardé, juste là sous mon nez, je suis remontée dans ma petite maison de pêcheur retrouver Hortense, Gary, Shirley, Joséphine et tous les autres et je me suis dit que, parfois, la vie était encore plus incroyable que tout ce que je pourrais inventer dans mon roman…



Katherine Pancol


17/09/2008 - Back from Ukrainia !
Vous êtes nombreux à m'écrire alors l'Ukraine ? On veut savoir ! Alors l'Ukraine ? C'était comment ? Alors l'Ukraine ? Vous êtes restée dans les bras d'un Mongol ou d'un Cosaque ?
Ni l'un ni l'autre.

Et l'Ukraine, c'était…
C'était…
C'est immense et compliqué.
Un pays plus grand que la France, mais moins peuplé (la natalité est en net recul…).
Un pays qui comprend les Carpates et la mer Noire… La Crimée et des noms de villes qui font rêver comme Odessa ou Sébastopol…
Un pays qui sort d'un passé noir et ne sait pas encore où il va…
Un pays qui hésite entre l'Ouest et l'Est…
Un pays que les Russes convoitent encore… et que l'Europe hésite à inviter.
Un pays qui parle deux langues : le russe et l'ukrainien.( Le gouvernement actuel veut imposer l'usage exclusif de l'ukrainien, mais a du mal…)
Un pays, donc, entre deux …tout.


D'abord, un peu d'histoire récente...
(Très récente parce que sinon il me faut écrire un livre tellement le pays a été traversé par les envahisseurs !)
Jusqu'en 1991, l'Ukraine est une province de l'Urss avec kolkhozes, apparatchiks, plans quinquennaux, grandes avenues de béton, statues géantes censées vous faire aimer et respecter les dirigeants, églises transformées en temples de l'athéisme ("Dieu n'existe pas puisque Gagarine a volé jusqu'à la lune et ne l'a pas rencontré"), rien dans les magasins, un kilomètre et demi de queue pour acheter une miche de pain ou une pomme pas mûre, des appartements où on s'entasse à plusieurs familles, une université gratuite, des soins médicaux gratuits, pas le droit d'ouvrir la bouche dans la rue, juste le droit de filer le long des murs en regardant ses pieds…
Le pire et deux grammes de meilleur…

C'était pour tout le monde pareil. Ou presque. Il y avait bien sûr des privilégiés qui écrasaient l'homme minuscule de leur grade, de leur argent, de leur mépris, mais la plupart des gens avaient juste le droit de ricaner sous cape.
Ou ils allaient en prison.

Aujourd'hui ?
À Kiev, Il y a toujours de grandes avenues en béton gris, mais on ne fait plus la queue dans les magasins qui regorgent de marchandises, on peut monter sur une caisse en pleine rue et haranguer la foule, danser dans le métro, se prélasser dans un grand appartement sans partager la cuisine et les WC avec une babouchka bougonne, s'acheter du parfum et des jeans, des ordinateurs et des téléphones portables, regarder la télé italienne, allemande, américaine, française…
À condition d'avoir de l'argent.
Beaucoup d'argent.
Or le salaire moyen est à environ 250 euro mensuels. Et les loyers à peu près aussi chers qu'à Paris. Et les jeans aussi !
Donc, c'est le royaume de la débrouille…

Gagner des sous par tous les moyens.
Courir comme des petites fourmis affolées.
Money, money, money.
Il y a des hommes d'affaires américains, allemands, autrichiens, français, qui tapotent sur leurs calculettes et se partagent les chantiers. Auchan s'est implanté. Yves Rocher. Renault. Dim…Et Nike et Adidas et Samsung. Et Lamborghini.
Et des Mac Do partout, partout…

Oui mais…
La corruption capitaliste a remplacé la corruption communiste et la révolution orange, censée chasser les escrocs qui se remplissaient les poches, a échoué. Les poches des escrocs sont de plus en plus pleines.

Dans la rue, on voit deux sortes de voitures : des petites, ordinaires, qui s'écrasent dans les ornières et d'énormes 4/4 aux vitres teintées conduites à toute allure par des hommes pressés et brutaux. À toute heure du jour, il y a des embouteillages. On va plus vite à pied.
Dans les hôtels de luxe, on voit rôder de jolies filles maquillées, juchées sur hauts talons qui cherchent l'homme à alpaguer et parlent d'une voix de sirène pour les envoûter…
Dans l'avion, on vous fait changer de place pour installer un important personnage (ou qui se croit tel !)…
Pour avoir un petit bout de place au soleil, il faut intriguer, crapahuter, appartenir à un réseau…
Quand ce n'est pas à une Mafia.
Bref, c'est l'histoire d'une démocratie qui a mal tourné… d'un rêve qui a capoté.
Et les Ukrainiens sont tristes, fatigués, résignés…

Mais…
Ils sont aussi curieux, ouverts, enthousiastes, drôles, avides d'apprendre, pince sans rire, lucides.
Je n'ai pas entendu un seul Ukrainien ou Ukrainienne se plaindre. Ils vous accueillent, vous ouvrent les bras, se mettent en mille pour vous rendre service…

J'étais invitée pour parler de mes livres, rencontrer des éditeurs ukrainiens, des écrivains, des journalistes, des étudiants...
J'ai rencontré un public qui ne me connaissait pas (je suis traduite en russe mais pas en ukrainien) et les salles étaient pleines, les gens posaient des questions, voulaient savoir, voulaient apprendre…
Je suis allée à l'Opéra et la salle était remplie de gens recueillis qui applaudissaient après chaque air…
J'ai déjeuné et dîné dans de petits restaurants, dégusté des harengs et des raviolis et les gens souriaient et le service était impeccable.
J'ai visité des musées, des églises, contemplé des icônes magnifiques, assisté à des offices, vu des autels couverts de dons en nature et de prières pliées dans des petits papiers que le pope bénissait avec de l'encens…
L'âme est partout en Ukraine. Elle résiste encore…

Quand vous sortez des grandes villes – défigurées par des années de plans d'urbanisation soviétique – et que vous partez vers l'ouest du pays, vous trouvez des petites villes ravissantes, des collines verdoyantes, un fleuve large comme la mer… Le Dniepr…

J'ai visité la ville de Lliv et c'est Venise sans les canaux…
Du beau à tous les étages, des maisons anciennes, des places aérées, des façades colorées…
J'ai bu de la vodka avec des gens délicieux qui attendent que l'Europe les accepte et ne comprennent pas pourquoi on leur ferme la porte… "Vous avez accepté la Pologne, alors pourquoi pas nous ?"
J'ai parlé avec de jeunes journalistes déçus par les hommes politiques et presque nostalgiques des temps soviétiques…
J'ai fait la connaissance de Français et d'Ukrainiens qui se démènent pour faire connaître la France et sa culture…
Les centres culturels français en Ukraine sont de belles institutions qui portent haut l'image de la France. Leurs représentants sont tous des jeunes qui parlent ukrainien et russe et se fondent dans l'âme du pays.
J'étais tellement émue par l'accueil que j'ai reçu que j'ai appris à dire merci en ukrainien.
Diakouyou… phonétiquement, bien sûr ! Je n'écris pas encore en cyrillique !

Alors, diakouyou à vous tous qui m'avez accueillie et promenée partout…
Diakouyou Anne, diakouyou Matthieu, diakouyou Kevin, Valentine, Vicra, Larissa, Svetlana, Vica, Fanny, Nathalie… Vous avez fait de mon séjour en Ukraine un voyage au pays des merveilles.



Katherine Pancol


07/09/2008 - La reine des Carpates !
Changement de décor !
J'ai quitté ma Normandie où je vivais sans téléphone ni télé ni journaux ni auto ni radio ni peigne dans les cheveux, ni glamour ni trompette ! Rien ne passe et rien ne se passe dans mon petit village au bout de la terre, au bout du monde. Une presque île, un presque désert, un morceau de nulle part pour des sauvages qui s'en portent fort bien…
Le bonheur !

Paris. Retour aux cheveux qu'on coiffe, à un nuage de maquillage, aux feux rouges, aux gens qui vous insultent quand vous ne traversez pas assez vite, au métro qui pue etc…
J'arrête sinon je vais vous déprimer.

Et mardi… je pars pour l'Ukraine. Pour parler de mes livres à des Ukrainiens, à des Russes, à des descendants de Vikings, de Cosaques et de cruels Mongols. Je vais arpenter les plaines de l'Ukraine, les sommets des Carpates, déguster des bortschs et des varenyky, sortes de raviolis géants dont la farce est constituée généralement de pommes de terre, mais aussi de fromage, champignon, chou.
Miam-miam et youpee ! Je saute comme une puce affamée à l'idée d'aller visiter Kiev et Lviv, de rencontrer des Ukrainiens et des Ukrainiennes, d'aller à l'Opéra, de me promener en ville, et d'apprendre, d'apprendre plein de choses nouvelles…
J'ai 8 ans et demi et demain, c'est Noël !
La vie est belle !

Et le livre, me direz-vous ?
Le livre grossit, grossit et compte aujourd'hui 33 pages, ce qui commence légèrement à compter, légèrement à m'en imposer et quand je veux me relire "depuis le début", cela me prend du temps maintenant…

"Relire depuis le début".
C'est ce que j'appelle "faire la balançoire".
Quand vous avez l'angoisse de vous y replonger, quand l'écran blanc vous terrorise, quand vous tournez autour de l'ordinateur sans oser vous asseoir, vous n'avez plus qu'un seul moyen de vaincre le trac : faire "la balançoire".
C'est-à-dire ?

La balançoire, mode d'emploi :
Vous partez sur du "déjà écrit" pour vous donner de l'élan, vous lisez, vous relisez, vous changez un mot puis un autre, vous pesez, soupesez, vous vous échauffez, vous apprivoisez le mot, les mots, vous vous balancez d'une phrase à l'autre, vous vous élancez, vous montez, montez dans le ciel et vous sautez plus loin dans un autre chapitre…
Un chapitre tout nouveau, tout blanc…
Un chapitre qui vous intimide moins puisque vous l'abordez en tombant du ciel. À la hussarde.
Tout est une question de point de vue.
D'abordage.

Se faufiler comme une petite souris angoissée ou prendre d'assaut tel un pirate audacieux…

Parfois on se faufile, parfois on brandit le sabre…

J'ai laissé derrière moi la petite souris normande…
Je suis sûre qu'elle va revenir dévorer le canapé blanc et les paquets de riz, de céréales et de biscottes maintenant que je ne suis plus là pour l'en dissuader. Ni le chien Chaussette qui monte la garde et happe les mouches et les insectes.
J'ai disposé mes tapettes Lucifer et je verrais bien si elle a succombé à l'odeur du fromage qui conduit à une mort certaine.
Désolée, dame Souris ! Fallait mieux vous conduire ! Je veux bien partager mon logis, mais à condition que vous ne crottiez pas partout ni ne boulottiez mes canapés…
Un peu de tenue, s'il vous plaît !
Et cessez d'accoucher dans les chambres de mes enfants !

Si Lucifer échoue, alors je ne vois plus qu'un énorme matou pour déloger dame Souris…
Ou je ramène un Cosaque d'Ukraine…
Ou un pirojki empoisonné…






Katherine Pancol


30/08/2008 - ...parce que.
Encore une pépite ramassée sur la plage et versée directement dans mon livre !
Ou comment faire entrer la vie réelle dans la vie fictive...

Il faisait gris, il faisait frisquet et je cherchais ma première phrase de début de chapitre. De deuxième chapitre. Le premier étant presque bouclé.
Une phrase pour exprimer ce que ressent Joséphine.
Elle ne va pas bien, elle ne veut pas répondre à toutes les questions qu'on lui pose, qu'elle se pose, elle veut qu'on la laisse tranquille. Libre et butée dans sa tête…
Libre parce qu'elle ne veut pas faire semblant…parce qu'elle ne peut pas faire autrement…
Butée parce qu'elle n'avance pas et qu'elle ronge son frein, triste et en colère…

Vous savez, quand vous avez besoin d'être seul pour aller mieux, seul pour dire Pouce, quand vous ne pouvez pas faire autrement que de vous emmurer pour chercher à comprendre, à avancer…
Il me fallait une phrase enfantine. Une phrase évidente. Une phrase qui bute et rebute…

Toute la journée, j'avais cherché.
Cette première phrase là…

Cette foutue première phrase pour ouvrir le chapitre "Joséphine"…
Toute la journée j'avais ruminé, mangé les petites peaux des ongles de ma main droite (je me gardais la gauche pour le lendemain au cas où…), maugréé en sourdine, écouté Haydn à tue-tête, lus et relus les 20 premiers feuillets pour me donner de l'élan…rien n'y faisait, j'étais scotchée sur le bord du quai, incapable de monter dans le train de mon deuxième chapitre.

J'allais donc voir la mer…
Elle raconte toujours des histoires, la mer.

J'étais assise sur les galets parce que, souvent, même quand le ciel est voilé, le soleil se couche en dessinant des arabesques si magnifiques qu'on a la bouche arrondie comme devant un feu d'artifice et j'attendais la cérémonie du coucher du roi Soleil.
J'attendais devant ma petite cabine blanche et je regardais la mer, les galets, les pêcheurs qui sortaient des rochers à marée basse et revenaient avec leur pêche qu'ils commentaient, trituraient, comparaient et la vie était belle même avec deux pulls, une écharpe qui fait trois fois le tour, une grosse paire de chaussettes et le bout du nez rouge ! Ne râle pas, ma vieille, tu es au bord de la Manche, pas de la Méditerranée, tu peux dérouler ta serviette sur un kilomètre sans être importunée…

Et voilà qu'arrivent quatre petits garçons et leur grand-père.
Quatre lutins qui suivent un bon gros bonhomme en ciré jaune.
Ils reviennent de la pêche avec des shorts riquiquis, de grosses bottes et la polaire trempée. Ils ont la goutte au nez et commentent leur aventure.
Les quatre petits garçons ont entre quatre et sept ans. Ils portent en bandoulière une musette en plastique aussi haute qu'eux, des épuisettes, des lanés, des balances, tout un attirail qui les fait ressembler à des astronautes égarés sur terre. Ils trébuchent sur les galets et racontent leurs exploits entre deux coups de coude pour essuyer le nez qui goutte.

Sauf Robin. Le plus petit. Non seulement il ne porte rien, non seulement il n'a pas l'air humide comme les autres, mais il parle haut et fort, le pouce enfoncé dans la bouche, et commente les exploits de ses cousins et de ses frères. Il décerne des prix, des récompenses, des gages, des zéros pointés, ridiculise l'un, encense l'autre, fait un pas de deux, un pied de nez, éclate de rire, léger comme une plume de mouette narquoise…
Le grand-père écoute puis demande à Robin si cela ne l'ennuie pas de ne rien porter, de ne rien avoir péché et de manger tout à l'heure la pêche des autres.
- Non, dit Robin.
- Et pourquoi donc ?
-…parce que.
Fin de la discussion.
Le grand-père tente à nouveau d'être pédagogue et enchaîne sur les pieds froids dans les bottes, les cannes maigrelettes, les ticheurtes mouillés, le partage des taches, le rôle de chacun dans une meute...
- Tu ne veux pas donner une paire de chaussettes sèches à ton cousin ?
- Non.
Et avant que le grand-père ait le temps de demander pourquoi, Robin ajoute :
-…parce que.

Je n'en perds pas une miette.

Le grand-père repart à la charge et propose alors à Robin de partager sa ration de chocolat. Robin ne prend plus la peine de répondre. Juste il laisse tomber :
-…parce que.
Au grand-père de comprendre.

Non, il ne veut pas partager son pain et son chocolat même s'il a moins crapahuté que les autres.
Non, il ne sera pas le dernier à se changer dans la cabine même s'il a moins froid que les autres.
Non, il ne remontera pas à pied chez lui même si la voiture est pleine d'ustensiles de pêches.

- …parce que.

C'est net et sans appel.
Libre dans sa tête. Et buté.

Je regarde le petit Robin du coin de l'œil et je le remercie.
Il vient sans le savoir de me donner le début d'un chapitre.
Sa pêche a peut-être été infructueuse, mais il m'a rapporté un gros poisson : une phrase magique de début de séquence.
J'ai envie de me lever, d'aller l'embrasser, de lui filer mon paquet de Petit Ecolier, mais j'ai peur de me faire mal voir par le grand-père qui trouve décidément que Robin est bien égoïste.

Pas du tout, cher monsieur ! Il vient de me faire un cadeau somptueux.
Il est allé à la pêche rien que pour moi…



Katherine Pancol


28/08/2008 - Vingt pages, Haydn et moi !
Vingt pages ! Vingt pages ! Vingt pages !
Ça y est ! C'est parti...
Ou plutôt reparti !

Car je fus envahie...

Une horde de Huns et d'énergumènes charmants pleins de poils, de pieds géants et de bonnes manières avait interrompu la délicate manoeuvre du "Lancement de l'histoire et quête des premiers mots".
J'avais refermé le couvercle de mon Mac et ne l'ouvrais qu'en cachette, dans la nuit ou à potron-minet quand la maison dormait (enfin !)...

Ils ont repris leur chevaux vapeur et se sont éloignés de mon logis...
Laissant derrière eux une pauvre femme qui happait l'air et cherchait, cherchait à retrouver la magie, le charme, le miracle des premiers mots, cherchait aussi désespérément à reprendre le fil arachnéen un instant coupé...


Et pour cela, il faut accepter d'attendre, d'attendre...
Courber l'échine et faire acte de patience, d'humilité.

S'asseoir devant le clavier argenté de l'ordinateur...
Se chanter des comptines "il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille", lire Shelley, lire Byron, s'envoler sur un vers, lever les yeux au Ciel et l'implorer et puis... miracle ! bimbamboum ! ça repart comme sur un char ailé et on passe toutes les heures qui suivent en scoliose avancée, prostrée devant l'écran blanc qu'on barbouille comme une folle dingo qui a retrouvé ses petits...

Je suis Hortense qui embrasse Gary et perd l'équilibre..
Je suis Gary qui embrasse Hortense et goûte les lèvres d'une fille...
Je passe et repasse mon doigt sur mes lèvres pour être la bouche de Gary et je récolte les mots qui en tombent enfin mûrs !
Et c'est le bonheur à nouveau, le coeur qui palpite et le soleil qui brille derrière les gouttes d'eau...

Et dans l'air, il y a aussi Joseph Haydn qui m'enchante, me glisse des envolées de piano, des sonates au clavier qui rit et m'ébranle tout le corps d'une allégresse immense...
Pourquoi toujours Mozart et jamais Haydn ?

Glenn Gould pense comme moi...
Il me l'a dit dans un livre de lui que je lis en m'allongeant sur les galets de la plage quand j'ai refermé l'ordi...

"Les sonates de Haydn représentent un domaine beaucoup plus vaste que celles de Mozart. Elles sont plus intéressantes dans leur contenu musical et expérimental. C'est la seule musique du soir qui m'ait fait m'asseoir au piano et jouer pour mon plaisir. Les premières sonates surtout, les plus baroques. Elles sont superbes et toujours inventives. On n'a jamais l'impression qu'il y en a deux qui sortent du même moule. Et j'ai bien peur qu'avec Mozart ce ne soit le cas. J'ai l'impression qu'une fois trouvé la manière, TOUTES sont sorties du même moule. Je pense que Mozart, dès lors qu'il a commencé à connaître un certain succès grâce à son théâtre, a produit des oeuvres instrumentales dont l'intérêt va déclinant..."

Oulala ! Quel culot ! Quel homme incorrect !
Mais je dois reconnaître que moi qui vis, respire, palpite au rythme d'Haydn, je ne peux m'empêcher de penser que peut-être...
J'ai le coffret entier des sonates de Haydn, acheté il y a longtemps à la Fnac, un jour que je rentrais dans le magasin et m'émerveillais devant la musique qui tombait des cintres et m'enveloppait...
J'ai le coffret et dès que j'ouvre la maison, j'ouvre le coffret des sonates de Haydn et je m'assieds pour écouter, un sourire immense de bonheur sur les lèvres...

Car il faut être bien malheureux pour ne pas sourire avec Haydn...




Katherine Pancol


25/08/2008 - Et il fait gris...
Et il fait gris…
Et ce n'est pas grave. Les mouettes nous narguent en se posant sur la pointe des vagues et les planches de surf jouent les Formules 1 sur la Manche. Le drapeau est vert, mais les gens trouvent qu'il devrait être orange ou "même rouge, souffle un père de famille, inquiet. Ces gros rouleaux, ça nous fabrique des cadavres aussi sûrement que deux plus deux font quatre"
Je ne suis plus sûre du tout d'aimer les maths.

Et il fait gris…
Et les gens emmitouflés dans de gros pulls en laine et des écharpes boas se répètent en hochant la tête "Ce n'est pas une manière de passer ses vacances…"
Mais où sont passés les mois d'août d'antan ?
Comme s'il faisait toujours beau avant…
Je demande à voir…

Moi, je m'en fiche. J'ai ma pile de cahiers que je remplis de notes pour mes personnages et je contemple le ballet des mouettes qui piaillent. J'ai l'air de ne penser à rien, j'ai l'air de ne rien faire, j'ai l'air d'être un tuyau creux et pourtant je me remplis. Ou plutôt je remplis la vie de mes personnages…

Parce qu'après le problème de la première phrase vient celui des personnages à construire. Les nouveaux qui déboulent dans le récit et à qui il faut acheter tout le trousseau. Lui faire un présent, un passé, lui mettre la raie au milieu ou de travers, l'orner de vilains tics ou de de jolies manières, laisser planer un soupçon de quelque chose, une odeur âcre de passé, des échecs, des haies avalées, des examens réussis ou ratés, des parents soleil ou pluie dans la brume. Lui dessiner un imperméable bleu marine et décider s'il porte sa ceinture serrée ou pas serrée.
C'est comme la barbe du capitaine Haddock.
Très important. Peut même déclencher des insomnies. On se réveille la nuit et on décide que l'imper sera bleu marine et que la ceinture volera au vent… Et le personnage se met alors à marcher, à parler, à rire différemment que s'il était ligoté dans sa gabardine.
On peut se rendormir. Désormais il marchera tout seul…

Tout cela se fabrique en regardant voler les mouettes, enveloppé dans des lainages humides des embruns de la mer…
Les vagues tonnent en se fracassant sur les galets et le détail claque.
Ça, je prends, ça, je laisse, ça, je pourrais essayer peut-être…

Et la dame de la cabine d'à côté (car sur ma plage, il y a des petites cabines blanches comme à Deauville) interdit à son fils de cinq ans d'aller se baigner, "juste tremper les pieds dans l'écume".
- Mais l'écume, elle est dans la mer aussi, faut bien que j'aille la chercher… affirme l'enfant déjà géomètre.
- Tsstt.. Tsstt… je dis que tu ne quittes pas le bord de mer, répond la mère, alertée par la précision rebelle de l'enfant.
- Et moi, je dis que le bord de mer, il va jusque dans la mer, dit l'enfant buté, alléché par l'ample rondeur de la houle qu'il rêve de fendre.
- Et moi je te dis que tu ne vas pas dans l'eau si c'est pour me désobéir…
- C'est fatigant d'être petit. Faut toujours obéir, obéir… Moi, je dis que c'est une vie à quatre pattes !
Et le dialogue de sourde et de géomètre se poursuit pendant que j'attrape des bouts de phrases que je note pour un prochain dialogue.
On ne sait jamais.
Tout sert dans cette entreprise de composer un récit…

Une gamine entrevue dix minutes dans un magasin de chaussures rue de Passy il y a dix ans a bien donné naissance au personnage d'Hortense ! Alors un gamin sourcilleux sur un bord de Manche en furie pourrait donner naissance à…
Un héros ? Un casse-pieds ? Un poète ? Un va-t-en guerre ?
Je ne sais pas encore, mais je ramasse le détail et le mets dans ma musette.
L'enfant a le torse blanc et les avant-bras bronzés. Il remonte son maillot jusque sous les aisselles, bombe le ventre et perd d'un coup toute sensualité. On imagine plus tard un grand dadais qui entrera dans un lit en hussard ou en géomètre. Cela revient au même : ce sont deux professions qu'on préfère bouter hors de la couette.

Écrire, c'est observer jusqu'à s'en faire tourner la tête. Déployer ses yeux comme les globes d'une mouche, ses oreilles comme les pavillons de Djumbo et ses narines en deux longs tubes d'aspirateurs.
Se transformer en scaphandre humain et avancer en sourdine. Sans se faire remarquer.
Tout …sauf rester enfermé en soi-même et demeurer aussi sec et stérile qu'un raisin sec dans le Sahel.

Et il fait gris et…



Katherine Pancol


21/08/2008 - La terre est bleue comme...
Ce matin, une lectrice – Florence - m'a fait un cadeau…
Le cadeau d'une phrase de Colette : "Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne".
J'ai lu la phrase dans son mail et...
Et je suis tombée assise sur ma chaise en paille.
KO.
Je l'ai lue et relue, cette phrase.
J'ai pris ma tasse de thé et je suis allée poser mes pieds dans la rosée normande du matin. Sur la pelouse résolument verte devant la cuisine en briques rouges. Je tenais une pépite dans la main et je voulais la regarder en plein jour.
"Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne".
C'est exactement ça, l'écriture. Ce n'est pas de la fioriture pédante, c'est du trait de grand couturier simple, simple, simple…

Un vers de Paul Eluard est revenu cogner dans ma tête, un vers qui a décidé un jour de mon envie d'écrire pour toute la vie. Un vers si simple avec des mots "de tout le monde" et pourtant un vers immense….
Un vers que j'avais lu, petite, et qui m'avait fait voyager à travers le monde entier…
Ou comme disait Balzac (autre cadeau de Florence !) : "j'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot..."
Ce vers de Paul Eluard m'a si souvent embarqué et si souvent fait voyager que j'ai envie de vous l'offrir à mon tour :
"La terre est bleue comme une orange"
Des mots de tous les jours qui, assemblés, résonnent comme personne…
C'était mon cadeau du 21 août 2008…


Katherine Pancol


14/08/2008 - Ma première phrase...

Et elle est arrivée.
Comme par enchantement.
En plein après-midi alors que je tournicotais dans la cuisine, que je pensais que j'allais exploser à force de ne pas la trouver, que j'invectivais tous les Dieux du Ciel, que je menaçais de monter sur l'Olympe et de les cravater… "Vous ne pouvez pas me faire ça ! J'étouffe, je bouffis, je bouillonne, je craquelle, j'ai des milliers de détails, des milliers de répliques, des milliers de scènes qui bourdonnent dans mon crâne, qui se bousculent, s'empilent, se piétinent ! Je n'en peux plus de leur dire d'attendre… donnez-la moi, donnez-la moi !"

Mais elle ne venait pas et j'attendais, j'attendais.
Je prenais des notes comme un scribe furieux. Je laissais traîner des phrases partout : sous mon oreiller, dans la poêle à frire, sur le rebord de la baignoire…
Je frottais la maison, je coupais les fleurs fanées, je rangeais les vieux pulls, les chaussettes dépareillées…
Je faisais tourner les machines et étendais le linge…
Je remplissais des grilles de Sudoku…
On me demandait "ça va ? Il fait beau ? Il fait chaud ? Le café était bon et les gâteaux ? Et les macarons ? Et la crème fraîche ? Et la tarte aux abricots ?" Et je répondais toujours : Je n'ai pas ma première phrase…
JE N'AI PAS MA PREMIERE PHRASE.
Mon sésame, ouvre-toi !
Mes trois coups de théâtre, retentissez !
Mon coup de pistolet, éclate donc !

Je tournais en rond. Comme un cheval enfermé dans ses oeillères….
Je commençais même à ruer, à écumer.
Il valait mieux ne pas m'approcher...

Et puis un jour…
Elle est arrivée …

Elle a jailli. Innocente et simplette. L'air de rien. Elle a posé un mot puis un autre et un autre. Elle s'est déroulée comme une championne de gymnastique au sol, prénom, verbe, article, virgule, virgule, point. Elle a produit son effet puis elle s'est relevée et a tiré sa révérence…

Et je suis restée là toute baba et molle, toute émue, toute recueillie devant ce miracle qui se produisait une nouvelle fois, qui se produit à chaque livre : l'arrivée de la première phrase. Parce que comme disait Racine quand vous l'avez c'est comme si vous aviez gagné la queue du Mickey (il ne disait pas ça exactement mais cela revient au même !)
J'ai regardé son empreinte sur la page blanche de mon ordinateur…

Il s'agissait d'Hortense et d'une bouteille de champagne…
Hortense, une bouteille de champagne et Gary pas loin… c'était le coup de gong de la première scène !

Tout allait pouvoir commencer.
Recommencer.
Elle ouvrait la porte aux autres phrases, aux autres scènes. Le récit allait s'ébranler avec ses points et contrepoints, ses vagues et ses lacs, ses pics et ses précipices.
Elle disait gracieusement "entrez, mais entrez donc" à tous ceux qui se bousculaient derrière la porte…

Mes jeux olympiques à moi !
Ma médaille d'or.
Je suis montée sur la plus haute marche, la Marseillaise a retenti et j'ai embrassé le Ciel.

Et puis, aussitôt, j'ai pris le clavier à pleines mains et j'ai enfourché les chevaux-vapeur de mon imaginaire. Ils se sont cabrés et se sont mis à galoper. J'avais tellement attendu que les mots sortaient comme des torrents de cailloux.

Et tout à coup, je ne savais plus s'il pleuvait du soleil ou de la pluie, si c'était midi ou minuit, si j'avais mangé ou pas, si on était lundi ou samedi… je ne savais plus rien, je ne voulais plus rien, j'étais suspendue au bruit de mes doigts sur les petites touches argentées de mon Mac qui enfin, enfin chantait !

Et les feuillets se sont présentés. Un peu ébouriffés d'avoir attendu si longtemps pressés les uns contre les autres, je les ai lissés et couchés sur l'écran blanc…

En route pour un an au moins d'écriture, de piles de dicos au bout du coude, de Glenn Gould dans l'oreille, de dos penché, de chien qui dort à mes pieds en attendant que j'en aie fini avec mes heures quotidiennes et qu'on aille se promener… Un an de chaque jour sur le métier remets ton ouvrage… Un an de "comment on dit déjà ?" et "quel est le mot qui pourrait me faire entendre ce bruit-là, ce craquement-là, cette douceur ineffable, ce doux écoeurement, cette folle violence ?" et de me tordre et de râler et de rugir quand j'ai trouvé ! Un an de vie commune avec Hortense et Gary, Joséphine et Philippe, Zoé, Henriette, Du Guesclin, Junior, Marcel et Josiane…
Ils vont tous entrer dans le récit à tour de rôle, se retrouver, se serrer les mains, se frotter les joues et entamer une gigue de vie !
Plus les nouveaux personnages qui se présentent et qui me plaisent beaucoup …
C'est que j'en ai des idées !
À la pelle !
Il faut que je fasse de l'ordre… Que je les ordonne, que je leur impose de ne pas aller trop vite et d'attendre que ce soit moi qui décide de leur destinée…
Jusqu'au jour où ni l'histoire ni les personnages ne m'obéiront plus, où ils se déploieront et vivront leur vie sans me demander l'autorisation…

Ce jour incroyable où ils me renverront au statut de lectrice qui écoute l'histoire qui court sur le clavier…



Katherine Pancol


05/08/2008 - Et Monsieur Yang pagaie...

Dans quelques jours, c'est l'ouverture des Jeux de Pékin.
On prévoit une razzia de podiums de la part des athlètes chinois. Ils vont squatter toutes les marches et il faudra les pousser pour poser un orteil en terre promise.
Je les imagine déjà, propres et brillantinés, penchant le cou pour recevoir la récompense ultime, le ruban lesté d'une médaille qui brille. Le sourire, la fierté, l'hymne qui retentit, le monde entier qui admire la force et l'énergie de ce pays debout pour gagner.
Mais, derrière les hymnes, les sourires, les torses bombés, les mentons alignés… j'imagine aussi la misère de celui qui ne peut faire autrement que de gagner sinon…
Sinon...

En ce moment, je lis tout ce qui traite des Jeux dans les journaux et un article du New York Times m'a bouleversée. L'histoire de Yang Wenjun, médaille d'or en canoë kayak (en eaux tranquilles ) en 2004 à Athènes.
Yang est fils de paysans chinois. Enfant, il a été repéré à l'école et placé dans un centre d'entraînement. Il a appris à pagayer, pagayer, pagayer… Et ça a payé, payé, payé. Yang Wenjun a décroché une médaille d'or.
Après sa victoire à Athènes, un appartement de trois pièces lui a été offert, décoré de panneaux géants sur lesquels est inscrit : "Yang Wenjun a gagné l'or aux Jeux Olympiques. C'est un porte-bonheur pour cette maison".
Mais…
Monsieur Yang Wenjun n'habite pas son appartement décoré de banderoles à la gloire de sa victoire.
Monsieur Yang Wenjun n'a pas vu ses parents depuis trois ans.
La mère de Monsieur Yang pleure chaque jour dans l'appartement vide de son fils : cette médaille ne leur a apporté que du malheur. "Chaque fois que je pense à mon fils, mon cœur saigne. Il souffre tant…"
Monsieur Yang Wenjun vit retiré dans son centre d'entraînement et n'en sort jamais. Il pagaie, pagaie, toute la journée…
Monsieur Yang Wenjun a 24 ans et pas le droit de faire autre chose que de pagayer toute la journée…
Monsieur Yang Wenjun dit qu'il ne supporte plus sa vie. Il voudrait se retirer. Il voudrait aller à l'école, apprendre un métier, faire autre chose… Mais il est interdit d'autre chose. Il a été enrôlé, enfant, et n'a pas le droit de dérailler.
Il pensait qu'après sa médaille d'or aux jeux d'Athènes, il pourrait quitter son canoë. Mais non…"Je n'ai pas le droit de choisir mon avenir". On l'a menacé de lui couper les vivres, de lui confisquer son appartement, de mettre son père, sa sœur au chômage s'il posait la pagaie.
Alors il pagaie.
"Il se moque pas mal du résultat, dit son entraîneur polonais-canadien. Il compte les jours jusqu'à la fin des épreuves parce qu'alors peut-être, il aura le droit de s'arrêter. Mais le problème, c'est qu'il est vraiment très fort… s'il gagne encore une fois, qui dit qu'il ne devra pas continuer à s'entraîner pour les prochains Jeux Olympiques de 2012 ?"
Et alors que deviendra Monsieur Yang Wenjun ?
Avec sa petite pagaie dans la tête qui le rend fou…
Monsieur Yang n'est pas le seul athlète dans ce cas. Mais les autres ne parlent pas.
Monsieur Yang a parlé…
À un journaliste du New York Times.
Que va t-il lui arriver ?


Katherine Pancol


03/08/2008 - Dame souris et Tolstoï
Je suis toujours en Normandie et, depuis 24 heures, ce n'est pas qu'il pleuve –le mot est faible, impuissant, déplacé, ridicule, nain -, il tonne, il fracasse, il cascade, il tempête, il dégringole des rideaux d'eau et, le nez collé contre la vitre, on exhale des oh ! et des ah ! en regardant pousser le gazon et en rallumant le chauffage.
Et moi qui venais de faire mes vitres !
En lisant Bérénice, cette fois…
" Je fuis des yeux distraits qui, me voyant toujours, ne me voyaient jamais"
Là, je pose le CIF ammoniaqué et me fais hara-kiri de bonheur au-dessus de l'évier. Entendre ce miel et rendre son dernier soupir…
Ah ! ces phrases de Racine qui vous poussent à chaque syllabe vers l'Olympe de la perfection, ces vers à douze pieds qui étreignent le sublime ! Quand je pense que c'est ce même homme qui disait "le plus dur, c'est les personnages, l'intrigue; une fois que j'ai tout en tête, écrire une pièce me prend trois semaines !"
Amen !
Maximum respect…
See you jamais alligator !
Ou mon évier sera définitivement rouge et mes deux géants orphelins…

Toujours dans ma série "Ménage-Ménage", j'ai entrepris de chasser la souris qui me nargue derrière le paquet de biscottes aux graines de lin. Elle semble demander "mais quand donc me laisses-tu la place que je réinstalle mes petits dans les replis de ton canapé blanc préféré" ? Elle l'a déjà sérieusement entamé le canapé blanc comme si elle me punissait de ne pas la nourrir assez !
Alors je suis allée chez Bricorama et j'ai acheté quatre tapettes infernales, au doux nom de Lucifer, qui promettent à l'animal une mort certaine. Cela m'a rappelé mes jours anciens à New York où je traquais le cafard en investissant mes dollars dans des "motels à cafards" dont le slogan publicitaire clamait "They check in, they never check out"… Un vrai titre pour film d'horreur ! J'ai finalement exterminé les cafards –ces insectes qui résistent aux attaques nucléaires. Ils ont péri englués dans la colle de leur chambre de motel. Je devrais bien finir par déloger Dame souris et sa portée affamée même si son petit nez frémissant et son allure de sacristaine me remuent les entrailles d'une émotion suspecte.

Quant au livre, il trépigne. Les scènes se présentent les unes après les autres, je les note, je les classe par ordre d'apparition, je les ordonne, mais ne peux encore les écrire : IL ME MANQUE MA PREMIÈRE PHRASE… Et sans elle, je ne peux rien faire.
Bien pire encore ! J'ai la première séquence de la première scène en tête. Je la tiens, je vois le geste, j'ai le décor, les réflexions, j'ai la température de la pièce, le goût du canapé qu'enfourne Hortense, j'ai tout, tout, tout… mais pas LA PREMIÈRE PHRASE.
Groumph !
Racine, s'il te plaît, ô grand Jean magnanime !, viens à mon secours et dépose dans mon sommeil la première phrase qui me rendra folle de joie et me fera galoper (en prose) dans les vertes prairies de mon imaginaire…
Je ne sais pas. Un truc comme la première phrase d'"Anna Karenine"…
"Tous les bonheurs se ressemblent, mais chaque infortune a sa physionomie particulière"…
Ou cette phrase de Jules Renard dans "Poil de Carotte" :
"Tout le monde n'a pas la chance de naître orphelin"…

Ça, c'est de la première phrase. Après on n'a plus qu'à embrayer et le livre s'écrit tout seul. Première, seconde, troisième, quatrième, cinquième; le moteur tourne avec l'allégresse arrogante d'une Ferrari et l'auteur sourit en faisant un pied de nez à la souris. Vas-y, dame Souris, grignote mon canapé, bientôt je vais inventer un chat Attila qui bondira de l'ordinateur et te mangera toute crue…

En attendant, devinez quoi ?
IL PLEUT…


Katherine Pancol


25/07/2008 - Les Horaces, les Curiaces et la Javel...
Ce que je fais en ce moment ?
Je fais le ménage et je lis Horace. De Corneille.
En Normandie.
Des vers parfois boursouflés mais toujours bien embouchés, résonnant en trompettes magnifiques, chantant le devoir, l'amour de la patrie, l'honneur, la gloire, toutes ces choses aujourd'hui si désuètes, aussi couvertes de poussière que les étagères que je plumette.
J'époussette et je lis un bout de scène. Reviens au plumeau, chasse l'araignée embusquée dans le coin de mur et me mets quelques vers en bouche…

"La solide vertu dont je fais vanité
N'admet point de faiblesse avec sa fermeté;
Et c'est mal de l'honneur entrer dans la carrière
Que dès le premier pas regarder en arrière"

Horace ne badine pas avec l'honneur. C'est son truc à lui. Ça le transcende de la tête aux pieds et paralyse son cœur. Pour lui, la vie, c'est blanc ou noir. Bon ou méchant. Honneur ou trahison. Il ignore tout du nuancier de l'âme, fonce tête baissée et dégaine son épée à tire-larigot.

"Rome a choisi mon bras, je n'examine rien:
Avec une allégresse aussi pleine et sincère
Que j'épousai la sœur, je combattrai le frère;
Et pour trancher enfin ces discours superflus,
Albe vous a nommé, je ne vous connais plus."

Et voilà comme en quelques alexandrins, on met fin à une belle amitié, une belle histoire d'amour et à l'union d'une famille ! Quel crétin ! Moi, je garde la femme, le frère, la sœur, les parties de cartes en famille, les confitures aux abricots et la vieille mamie qui roupille sur son rouet…

Je préfère encore reprendre mon plumeau !
Mais Horace a déteint sur moi et, impitoyable, j'écrase la fourmi ailée qui croyait m'échapper et les araignées qui décampent vite fait… Non mais ! C'est qui le maître, ici ?

Une maison endormie qui se réveille et s'ébroue produit des tonnes de poussière et des phénomènes étranges se produisent. Le bac à douche fuit, le robinet crache furieux, la chaise s'effondre quand on y pose son séant, la mayonnaise a viré au moisi, la confiture aussi, on retrouve une vieille croûte de camembert qui a attiré une famille entière de souris (on étudie les petites crottes sèches…).

Elle ne faisait sûrement pas le ménage, la belle Camille. Elle faisait des vers. Chantait l'amour passion, le droit au bonheur, le droit à l'individu de se dresser face au tyran éteint ou éclairé.

"Je le vois bien, ma sœur, vous n'aimâtes jamais;
Vous ne connaissez point ni l'amour ni ses traits :
On peut lui résister quand il commence à naître,
Mais non pas le bannir quand il s'est rendu maître…
Il entre en douceur, mais il règne par force;
Et quand l'âme une fois a goûté son amorce,
Vouloir ne plus aimer, c'est ce qu'elle ne peut
Puisqu'elle ne peut plus vouloir que ce qu'il veut"

Admirable ! Je flageole.
Il faut que je m'arrête un instant et savoure.
C'est presque du Racine…
Je relâche l'araignée, pardonne à la souris et à ses souriceaux.
L'amour triomphe. L'amour triomphera toujours.

Je mets de la javel dans la machine à laver pour une charge de blanc à déjaunir et vais étendre le linge déjà propret sur ma verte prairie. Il séchera en reposant sur l'herbe et je dormirai ce soir dans un champ de fleurs.

La souris reviendra et me narguera à nouveau. Elle passe sous mon nez chaque jour à 23 heures tapantes et file vite, vite le long du meuble en bois sur lequel trône une télévision qu'on n'allume presque jamais. On ne reçoit que trois chaînes et la télécommande s'est égarée. Je la regarde se débiner à toute allure, pressée comme une petite vieille qui se rend à l'église et a peur de rater le début de la messe. Elle trottine un peu courbée, le museau allongé vers un refuge que je ne connais pas : son bénitier à elle.
Que voulez-vous que je fasse ? Que je la tue ?


"Que voulez-vous qu'il fît contre trois ?
Qu'il mourût !"

Horace, c'est sûr, lui trancherait la gorge. On ne badinait pas avec l'envahisseur chez les Romains. Et Camille a beau éructer :

"Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome, qui t'a vu naître et que ton cœur adore !
Rome, enfin que je hais parce qu'elle t'honore !"

Elle perdra son amour et sa vie, transpercée par l'épée d'un frère plus patriote qu'aimable.

La pièce se finit en carnage. On marche sur les corps. On pleure, on demande grâce, on supplie, on menace et Corneille cesse de déclamer quand j'enclenche l'aspirateur.

Le ménage a passé vite fait. Je ne me suis pas ennuyée. Corneille sert aussi à cela. À poser sur le chiffon mou de cire et l'éponge gorgée de Cif un souffle d'âme et de cœur blessé !





Katherine Pancol


14/07/2008 - Honoré avait raison...
Ce qu'il y a de bien avec le rien, c'est qu'il peut devenir TOUT…

Je m'explique. J'ai donc décidé de ne rien faire, de ne rien programmer, de ne rien organiser, de ne rien du tout. Je me lève le matin, prends mon petit-déjeuner, attrape un livre ou un journal, le lis jusqu'à ce que j'ai plus envie de le lire, en prends un autre, me dis tiens je n'ai pas vu ça ou entendu ça et je sors voir ça ou entendre ça. Ou je me dis rien et je sors parce qu'il fait beau et que j'ai envie de suivre la course du soleil…
Hier matin…
Il faisait beau et le soleil était à midi trente dans le ciel quand j'ai jailli dans la rue avec le chien Chaussette. On a commencé par le "tour Chaussette" avec ses arrêts préférés, ses petits bosquets mités, ses coins de trottoir qu'il renifle particulièrement, longuement, délicatement en plissant les yeux et en faisant des petits bruits d'aspirateur enroué. Moi, j'attendais sans m'énerver, sans le houspiller, puisque je n'avais RIEN à faire. J'observais un dessin de poudre d'avion dans le ciel, un cintre au-dessus d'une fenêtre, les ballerines en forme de souris d'une passante…

Après le tour de Chaussette, il y eut mon tour à moi. Le marché d'abord. Je voulais acheter une mangue. Pas deux, ni trois, une seule mangue. Bien mûre, bien dégoulinante et pas trop chère. Parce que les mangues, c'est encore plus cher qu'un bifteck de nos jours…J'ai pas trouvé de mangue (trop cher !), mais j'ai trouvé trois soles. De belles soles luisantes qui étaient soldées pour cause de fin du marché et qu'ils n'allaient pas les remballer tout de même. 6 euros les trois soles ! Je me suis dit que le soir, j'allais manger des soles… TOUT un plat de soles ! J'en salivais déjà en flânant parmi les étals de fruits et de légumes, de fromages et de saucissons, de cristallerie à bas prix et de ticheurtes multicolores. Et je me disais que c'était merveilleux de flâner ainsi et quand était-ce la dernière fois que j'avais pris le temps de flâner ? Et que c'est reposant de flâner !


C'est alors qu'en flânant, je me suis souvenue de cette phrase de Balzac que m'a offerte récemment un ami : "La plupart des hommes se promènent à Paris comme ils mangent, comme ils vivent, sans y penser… Oh, errer dans Paris ! Adorable et délicieuse existence ! Flâner est une science, c'est la gastronomie de l'œil. Se promener, c'est végéter. Flâner, c'est vivre."
Une fois de plus, Honoré avait raison : j'avais l'impression de vivre à cent mille pour cent en ne faisant rien, en flânant, en promenant mes soles dans leur plastique bleu ciel…
Soudain le rien était plein de tout !


Puis nous sommes allés, Chaussette et moi, acheter les journaux et là Patatras ! il a fallu que je console le monsieur des journaux. Il n'avait plus le goût à RIEN. Il trouvait TOUT triste, triste, triste. " Les affaires ne sont pas bonnes, les gens n'ont plus de joie dans le cœur. Les gens sont tristes, les gens ont peur " Il gémissait au cul de son camion plein de journaux… Il pleurait après sa jeunesse folle, ses exploits d'il y a vingt ans, trente ans, un temps où tout était possible, joyeux, insouciant, où les journaux se vendaient par millions.
Il m'a remplie de tristesse et j'ai eu plein de noir dans la tête.

Il s'est mis à pleuvoir… il m'a dit qu'il allait arrêter de me parler parce que sinon je serais obligée de l'écouter là, sous la pluie, parce que j'étais une fille polie et que je serais toute mouillée et que ce n'était pas la joie d'être mouillée au mois de juillet en faisant son marché…que c'était un petit rien qui pouvait tout gâcher.
Alors je suis partie. Un peu affaissée. Un peu alourdie.

Pour me ragaillardir l'humeur, je suis entrée dans un magasin de fleurs.
J'ai longuement regardé les bouquets, les plantes, les fiérotes qui dressent leurs tiges à 3, 4 euros dans de vastes pots, les plus humbles qui s'effacent en s'excusant de leur modeste prix. J'ai balancé entre des pivoines blanches, joufflues et des lysianthus roses, gracieux. Et j'ai choisi ces derniers. Le fleuriste m'a fait un énorme bouquet avec des branches, des feuillages et mes délicats lysianthus au milieu. Comme c'était dimanche, il a ajouté une fleur et une autre et une autre, et comme c'était maintenant très volumineux comme bouquet, il a fallu que j'achète un vase parce que le bouquet était si beau que je ne voulais pas le défigurer ou l'étriquer en le mettant dans un vase trop petit, un vase pas à la hauteur des fleurs. Souvent un petit rien peut ruiner une grande beauté…

Je suis repartie comme dans une procession avec mon bouquet magnifique qui marchait devant moi, mes journaux, mes soles luisantes, le chien Chaussette qui fermait la marche et quand je suis repassée devant le cul du camion du marchand de journaux, l'homme triste m'a fait un signe de la main et a souri en regardant le grand bouquet de fleurs...

Il ne pleuvait plus et la vie était belle, belle. Belle d'avoir pris le temps à ces petits riens d'un dimanche matin à Paris quand tous les habitants sont partis s'entasser sur les plages huilées du midi et se battent pour savoir où poser leur serviette…


Katherine Pancol


09/07/2008 - Ce merveilleux rien...
Et qu'est ce que je fais en ce moment ? Rien.
À quoi je pense ? À rien.
Est ce que j'ai des tonnes de projets d'été ? Non. Rien.
Un agenda chargé de rendez-vous importants, essentiels ? Non. Rien.

Je fais du rien. Un grand, beau, bien rond RIEN et c'est une occupation qui demande un effort certain. Il faut être sur le qui-vive tout le temps pour ne rien se faire imposer. Pour ne pas se faire attraper. Attention ! L'ennemi est embusqué et prêt à vous prendre dans ses filets. Ne rien prévoir, ne rien imaginer, ne rien dire ou alors juste au dernier moment parce que ça compte pour du beurre…

Laisser du blanc autour de soi tout le temps, ne jamais regarder sa montre, aller partout à pied, entrer dans n'importe quelle boutique, n'importe quel passage, ouvrir un livre par hasard, prendre un rendez-vous par hasard, un thé par hasard, aller se faire épiler par hasard, couper les cheveux par hasard, rencontrer une copine par hasard, entrer dans un cinéma par hasard, acheter un disque de Sinatra par hasard…et emboîter le pas à ce hasard-là et se retrouver en train de chanter, de danser Chicago, Chicago ou Night and day sous les yeux de Chaussette, interloqué. " Qu'est ce qu'elle a ? Qu'est ce qu'elle a ? On me l'a dérangée !" "Non, cher vieux cairn terrier, je suis victime du hasard et du rien !"
C'est un art, le hasard.
Et vivre selon le rien et le hasard se révèle assez drôle et reposant. Revigorant même. Encore mieux qu'une cure à Quiberon. Parce qu'il n'y a aucun stress et une grande excitation. Que va t-il se passer ? Va t-il se passer quelque chose ? Et s'il ne se passe rien, est-ce que j'en mourrai ? Ou bien, au contraire, est ce que j'en revivrai ?
Car justement, ladies et gentlemen, qu'est ce qu'on vit bien quand on fait du rien et du blanc !
Avec Sinatra qui chante à tue-tête dans le salon !


Katherine Pancol


03/07/2008 - Une femme libre...
Et hier, en rentrant d'un dîner, j'allume la télé pour attraper les dernières nouvelles et j'apprends LA nouvelle. Et je vois une silhouette de femme qui descend d'un avion… et le signal de la télé "En direct" qui s'affiche. Alors c'est maintenant ? C'est sous mes yeux ? C'est pour de vrai ? Ingrid Bettancourt ! Elle est libre ! Et je me scotche et je regarde tout, tout, tout. Et je suis baba… Elle sort de l'avion, elle est limpide, rose, forte et elle sourit. Elle a enroulé une longue tresse autour de sa tête, mis une fleur blanche dans ses cheveux, un peu de rouge à lèvres, elle sourit. Et son sourire flotte comme une bannière de liberté. Elle est libre et elle est femme ! Elle est invincible. Prisonnière pendant six ans et le sourire aux lèvres ! Je m'attendais à la voir débarquée sur un brancard avec des infirmières, une couverture de survie, un faible geste de la main de loin… et non, elle est là debout dans un treillis militaire et elle console sa mère, elle est là agenouillée et elle prie devant le monde entier… On lui passe le téléphone, elle répond sans s'énerver. On lui donne un micro et elle parle posément en espagnol et en français. Parfois elle ferme les yeux pour bloquer les larmes qui montent derrière les paupières et le sourire revient… Femme et libre. Forte et libre. Invincible. Quelle leçon de vie ! Quelle leçon d'espérance ! Quelle leçon de rebellion contre le quotidien qui casse et casse… Merci Ingrid !

Katherine Pancol


02/07/2008 - L'arme fatale 5...
C'est dangereux de prendre le métro en ce moment. Une nouvelle arme fatale sévit : le sac à dos. Je m'explique : une charmante touriste toute fine, toute menue monte dans la rame en sautillant. Elle porte dans son dos une lourde besace ventrue d'où pendent une gourde, des chaussures de marche, une carte de France, un ticheurte qui sèche, un vieux Mac Do dans son plastique. Elle se plante sur ses deux jambes, vous offrant son dos, et se balance de droite à gauche tout en parlant avec un copain. Le sac obèse fait le pendule sous votre nez.

Vous essayez de l'ignorer, mais vous avez du mal. Ce mouvement d'horloge suisse vous épluche les nerfs et clignote "danger ! danger !".
Mais bon…vous avez un défi à relever : prouver que les Français ne méritent pas leur mauvaise réputation d'odieux personnages, d'odieux hôtes, d'odieux mal-élevés, vous voulez même illustrer à quel point ils sont charmants, attentifs, enjoués et vous ouvrez votre livre, le sourire en couverture.

Vous êtes donc assise et vous tenez entre vos mains le roman, "La belle vie", de Jay Mac Inerney (très très bien…). Vous êtes plongée dans un dialogue croustillant, un échange de traits d'esprit qui vous enchantent, lorsqu'une horrible odeur de camembert vous frappe les narines. Qu'est ce dont ? vous demandez-vous en cherchant une pince à linge dans votre sac. Une souris qui s'est fait hara-kiri et rend l'âme sous le siège ? Vous vous penchez en reniflant pour inspecter le corps de la trépassée et, alors que vous vous relevez bredouille, vous heurtez de plein fouet une paire de chaussettes qui sèchent accrochées au sac. Une paire de chaussettes répugnantes. Vous vous apprêtez à apostropher la responsable qui vous tourne le dos, inconsciente de la gifle qu'elle vient de vous asséner, quand la demoiselle éclate de rire et, pour manifester sa belle humeur, balaie l'horizon d'un large mouvement de dos et… le sac vous soufflette en plein visage. Vous tanguez, vous titubez et manquez périr, étouffée. Tout près de vous, un arbitre compte le KO.

- Oh sorry ! lâche alors la jeune touriste (vous lisez sur son son sac obèse qu'elle habite le Dakota et vous arrivez même à déchiffrer les six premiers chiffres de son numéro de téléphone… tout en notant in petto que cela ne vous servira pas beaucoup).
- Bon d'accord pour cette fois, mais faîtes attention quand même… grognez-vous en vous massant la joue et en rajustant votre pince à linge.
- Ok, fait la jeune boule puante et elle se retourne aussitôt vers son copain et vous met Ko d'un autre coup de sac. Tout le monde s'écarte autour de vous, comme si vous étiez une cible vivante, et attend en salivant le prochain assaut du sac frappeur.
Ce qui se produit à l'éclat de rire suivant…

Dorénavant lorsque je monte dans le métro, je guette le sac à dos avec deux couteaux dans les yeux.
Sinon, quand je ne suis pas interrompue dans ma lecture par une trajectoire folle, je me régale à lire le roman de Jay Mac Inerney. Vous pouvez l'acheter les yeux fermés, vous ne serez pas déçu. (Je ne vais pas vous raconter l'histoire, mais cela se passe à New York juste avant et juste après le 11 septembre 2001 dans les milieux bobo chico. La vie des personnages va bifurquer après l'écroulement des Twin Towers…)

Sinon aussi… je flanote, je pianote, je prends des notes, je tournicote, j'asticote mon cahier de notes, tout émoustillée à l'idée que je vais bientôt me remettre à pianoter sur le clavier de mon Mac…
J'engrange les détails.
L'autre soir, une dame m'a raconté que son chien était si proche d'elle que, lorsqu'elle éternuait, il éternuait aussi. Quand elle baillait, il baillait et il attendait qu'elle passe à table pour approcher sa gamelle. Hop la ! j'ai mis ce détail dans ma poche et l'ai gardé pour Du Guesclin. À présent, vous ne me parlerez qu'en présence de votre avocat, car je retiendrai tout détail intéressant de vous !



Katherine Pancol


27/06/2008 - Un dernier clin d'oeil !
Vous continuez à m'envoyer des photos et des messages !
Je suis bien contente parce que je n'ai pas rêvé : c'était VRAIMENT bien !

Vendredi : signature à la Griffe Noire à Saint-Maur... à partir de 16 heures 30... venez goûter avec moi ! (on prolongera le pique-nique !)

Aujourd'hui, première scène d'émeutes à cause des soldes...
Je me suis postée derrière la caisse et j'ai regardé deux femmes s'écharpiller ! C'était homérique. Elles tiraient toutes les deux sur le même pull et aucune des deux ne voulaient lâcher... J'ai sorti un grand ciseau qui traînait et j'ai menacé de le couper en deux. Elle n'ont même pas ri et se sont liguées toutes les deux contre moi !

Bon, je rajoute une dernière photo envoyée par Murielle parce qu'elle est trop "bonne humeur" et qu'elle sent le rire, la chlorophylle, la complicité, la lumière, le soleil et la sangria !

Hasta luego...







Katherine Pancol


26/06/2008 - 4 filles, 4 sourires !
Et cette photo-là ? Elle ne chante pas "la vie est belle" ????

Katherine Pancol


26/06/2008 - Crocodiles et émail diamant !
Les dents blanches des crocodilettes !

Katherine Pancol


26/06/2008 - Et qui a dit...
...que les gens pique-niquaient assis ?
Tout le monde s'est levé...
mais pourquoi ?

1) Une invasion de fourmis
2) C'est le tirage du Super Loto
3) George Clooney nous a servi du café.
4) What else ?

Katherine Pancol


25/06/2008 - Hommage au lieutenant chef Laurence et à Gabrielle, la plus jeune pique-niqueuse !
Comme je n'avais pas pris de photos du pique-nique, vous m'en envoyez en rafales et merci beaucoup ! Je ne peux pas toutes les mettre mais le coeur y est !
J'en ajoute une de Laurence et de Gabrielle, la plus jeune pique-niqueuse de ce samedi béni de la météo et des Dieux !

Katherine Pancol


25/06/2008 - Laurence au téléphone !
En pleine action...

Katherine Pancol


24/06/2008 - Last but not least !
Une dernière signature vendredi prochain (27 juin) à partir de 16 heures 30...
À la librairie LA GRIFFE NOIRE
2, rue de la Varenne
Saint Maur des Fossés
T. 01 48 83 67 47.

Et après je range mon stylo à dédicaces !
Et sors ma plume à raconter des histoires...
Enfermée dans mes quatre murs...

La Griffe Noire est une grande librairie dirigée par deux passionnés qui affichent leur avis au vitriol ou au sucre d'orge au-dessus de chaque volume. Je sais, ils ont été beaucoup imités mais la Griffe Noire vaut le détour, le déplacement et la régalade !

Venez, nous ferons encore une fois la fête...

Ps : Ça y est ! La photo sur mon site re-marche, je vous en mets une autre !