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Blog de Katherine Pancol

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1029!

J'écris, j'écris, j'écris.
Hier, j'ai atteint la page 1029.
Et je passe en boucle le Kyrie de la Petite Messe Solennelle de Rossini.

J'écris, j'écris, je cours aux trousses de mes personnages. Certains, tout petits au début, sont devenus géants, d'autres qui partaient bien se sont essoufflés, ils ont rétréci. Ce ne sont plus que des silhouettes. Ils avaient pourtant tous leur chance.

La fin d'un livre, c'est dix heures de travail par jour et une ou deux heures de récré le soir avant de se coucher.
Des boîtes de sardines qu'on mange sur un bout de pain, les doigts poisseux sur le clavier, des litres de thé, des crayons et des Bic partout, des blocs partout, des murs remplis de Post it, Ne pas oublier que… Préciser que… Vérifier que…

Et garder les yeux, les oreilles ouvertes. Le nez en alerte.

Colette disait qu'on écrivait avec ses cinq sens. Elle barrait tous les mots abstraits dans un texte.
Hier chez le boulanger, une femme  parle de son beau-frère, "il est con, mais il est pas bête ! Il travaille bien, vous pouvez lui faire faire du placo et tout."
Hop ! petit crayon, papier dans la poche, je note. Et je jubile. Merci, la vie !

La fin de mon livre, c'est le pied qui s'étend, tâtonne, cherche le chien Chaussette enroulé à mes pieds. Le pied s'entête, pousse un peu plus loin, balaie, insiste et je me souviens, il n'est plus là.
Je renifle.
Mais le livre est toujours là et je reprends en reniflant.

Mon Jules...

Les livres sont les meilleurs remèdes au chagrin. 
Dites-moi de quoi vous souffrez et je vous prescrirai un auteur. La Rochefoucauld, La Bruyère ou Barbey d'Aurevilly ?
Excellents pour les chagrins d'amour, les amitiés brisés, les hoquets. En prendre deux à trois pages chaque jour. Et les laisser fondre dans votre tête.
La correspondance de Flaubert dans la Pléiade ? Guérit tout même les arrêts de cœur. À consommer sans modération.
Colette ? Pour une peine têtue qui ne demande qu'à être distraite.
Saki ? Un léger, très léger mal de vivre. Un bâillement.
Etc. 

Qui je relis en ce moment ?
Jules Renard.
Le journal de Jules Renard. Édition Bouquins.
Un régal.
Jules Renard vous fait sourire d'intelligence. Il vous envole d'une formule et vous remet droit debout dans la vie. Il parle de Paris, il parle de la campagne, il parle des hommes, il parle des bêtes. 
Un extrait ?
"Soirée. Des femmes si décolletées que, quand on leur parle d'un peu près, on croit parler à des femmes nues. Et moi pérorant, donnant des consultations à deux vieilles jeunes filles avec qui je ne voudrais pas coucher, tout habillées. D'autres énormes femmes qui se sont fait souffler dans les seins avant que de venir, et, peu à peu, ils fuient et se dégonflent.
On entendrait voler une montre."
Ou :
"Quand une femme vous dit, "un homme comme vous…", c'est une façon de dire "quand vous voudrez, monsieur". Je suçote ses mots comme des bonbons. Je m'endors en souriant.
Ce sont mes doudous.

Chaussette...

ChaussetteChaussette est mort. Vendredi après-midi. Et je n'ai plus de larmes dans mon corps. Mon ami Chaussette. 17 ans de vie commune. Il se levait en même temps que moi, prenait son biscuit - il le promenait de pièce en pièce avant de le croquer - pendant que je buvais mon thé. Il allait se promener dans le jardin en Normandie ou se postait sur le balcon à Paris pour regarder la rue et faire la circulation. Il aboyait, montait la garde, je lisais les journaux, prenais des notes. Chacun son boulot. À 14 heures, il s'installait dans mon bureau et s'enroulait à mes pieds. Je le traitais de pantoufle, il soupirait. Faisait une longue sieste et, vers 19 heures, me grattouillait la jambe, me signalant que l'écriture, c'était fini pour aujourd'hui. Une longue promenade dans les rues de Paris ou en Normandie. Je ne l'attachais pas. Il gambadait. S'arrêtait aux feux rouges. M'attendait, repartait. Reniflait ses coins préférés. Se retournait. Vérifiait que je n'étais pas loin. On pouvait marcher longtemps. Et on recommençait dans la nuit vers minuit. Quand tout le monde dormait. C'était mon ami. On a passé la dernière nuit enroulés dans les pattes et les bras l'un de l'autre. Je respirais avec lui pour chasser sa douleur. Et puis, j'ai pris rendez-vous chez la vétérinaire. Il souffrait trop.
Et puis, ce fut fini.

Merci, merci, merci.

Vos messages m'ont émue. Beaucoup, beaucoup.
J'avais commencé à vous répondre un par un et puis... je pleurais en vous écrivant. Alors j'ai arrêté. Il suffit que j'écrive "Chaussette" pour que je renifle furieusement.
 
L'autre jour, je suis allée à Carrefour. J'avais ma liste de courses. Je suivais cacahuètes (pour Mister George, l'écureuil dans le jardin), Spontex, yaourts, eau de Javel, sacs poubelles, etc. J'ai relevé le nez et aperçu le rayon "aliments pour chiens" et j'ai éclaté en sanglots !

J'ai lu tous vos messages et reçu tout votre amour.
Merci pour votre présence.
Merci pour vos anecdotes, vos mots doux, tendres.
Je les ai lus et les ai pris comme des caresses de pattes de chiens.
Bon je vais arrêter, je pleure encore !
Avec un grand sourire...

941 !

Que vous dire ?
Je suis devenue une sorte de troglodyte qui écrit, écrit, écrit.
Et ne quitte pas sa grotte.
Ou juste pour suivre Chaussette.
Il ne se promène qu’en ma compagnie.
Que se passe t-il dehors ? Dans la vraie vie.
Je ne sais pas.
Quand je sors, je parle aux mouettes et aux nuages. Je ramasse des galets. Je me baigne. Je rumine mes idées. Et je rentre vite, vite pour les écrire.
Écrire, écrire.
Et sinon...quoi d’autre ?
RIEN.
Oui mais...
Page 941 !
Et ce n’est pas fini !