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Blog de Katherine Pancol

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Une bouteille à la mer !

Hé ! Hé !
J'avais envoyé un texte pour mon site -suivant les nouvelles instructions : j'écris comme je veux et quand je veux, j'appuie sur un bouton et Hop ! ça passe !- et il est resté coincé sur une plateforme pendant quatre jours. Comme dans une gare routière. Y avait plus d'aiguillages.
On avait "déménagé" mon site sans me le dire.

Alors je me prends à penser qu'on fait trop confiance à tous ces outils. Si ça se trouve, pendant ce temps-là, on m'a envoyé un mail très important et JE NE L'AI PAS REÇU.
Il est resté coincé sur une voie de garage.
Et je retombe dans l'angoisse délicieuse de la bouteille à la mer !

Ça me titille le cervelet, cette histoire. Imaginez : vous m'écrivez, vous vous ouvrez, vous vous confiez, vous écrivez quelque chose que vous n'avez jamais dit ou jamais formulé, vous prenez donc un risque, c'est une aventure et? Panne d'aiguillages ! Je ne le reçois pas et vous restez triste et mélancolique sur le quai de la gare. Vous ressentez encore plus fort votre solitude, votre angoisse, ou au contraire la déception de ne pas partager votre joie. Vous ne savez plus quoi penser, vous arpentez le quai? vous tournez les talons et sortez de la gare en marmonnant qu'on ne vous y reprendra plus !

Je me dis que cela doit arriver : qu'on envoie un mail que je ne reçois pas ou que j'envoie une réponse qui se perde dans les espaces infinis du mail service.
Panne d'aiguillage.

Depuis toujours, je suis sensible à ce problème de contretemps, de lettres pas reçues, de conversations mal interprétées, de rendez-vous manqués. Et le malentendu s'installe.
Et des vies bifurquent.
Je me dis qu'il a dû se passer quelque chose de semblable quand j'étais petite pour que ça me marque autant.
Pour que je fasse autant attention aux détails !
Je vais demander à ma mémoire d'aller faire une recherche.

Je suis une obsédée du détail.
J'ennuie tout le monde avec mon histoire de détails.
Je suis comme mon héroïne, Joséphine. Le détail fait souffrir ou le détail rend allègre. On se construit ou on s'effondre sur UN détail. Un détail peut donner de l'espoir, de l'amour ou ruiner un espoir, un amour.
Ou alors c'est que je suis trop sensible?
Comme Joséphine encore !
C'est fou ce qu'elle déteint sur moi. Et dire qu'au début, elle m'énervait, je la trouvais mièvre.

C'était très drôle quand j'étais à Londres : je prenais des renseignements pour Hortense (la fille de Joséphine dans le livre) et en même temps, je prenais des renseignements pour ma fille qui va vivre à Londres l'année prochaine. J'avais l'impression de m'occuper de deux filles : une réelle et l'autre fictive ! Parfois je ne savais plus où j'étais.

Cela arrive souvent.
Je navigue entre deux mondes. Avec comme boussole intérieure le rythme de la narration, l'empreinte de chaque personnage, ou les exclamations de mes vrais personnages quand je les oublie ou leur marche sur les pieds !

Le premier mai à Londres !

Good morning ! Good morning !
I'm in swinging London !

Il fait un temps magnifique et j'use mes semelles à arpenter la ville.

Il fallait que je revienne : j'ai trois personnages dans mon livre qui vivent à Londres. Donc prendre des notes, des photos, des adresses. Prendre le métro, le bus, aller dans les pubs, parler aux gens, aux vendeuses dans les magasins, prendre le pouls de la ville.
Le jour, la nuit. Renifler, se remplir, stocker, laisser macérer les détails engrangés.

Je marche le nez en l'air, je me faufile partout, j'écoute, je regarde, je me remplis de mille détails qui vont ressurgir quand j'en aurai besoin. Je les range soigneusement dans ma mémoire et la boîte s'ouvrira d'elle-même quand il le faudra !

J'habite chez un ami qui est écrivain. Anglais. Exquis. Il ressemble à un personnage de Somerset Maugham. Il habite à Notting Hill dans un bel appartement tout blanc. Il boit du vin blanc, porte des chemises blanches, des pantalons beiges, des tennis blancs. Parle d'une voix douce, appartient à un club (ah ! les clubs anglais !) où se retrouvent les gens de cinéma, de théâtre et de livres.
On écrit chacun dans son coin, je sors explorer la ville et le soir, on va faire le tour des pubs, des restaurants, des clubs de jazz. Et on parle littérature !

Hier, je lui ai offert "Jules et Jim" d'Henri-Pierre Roché (en anglais). Avant-hier, "Chéri" de Colette (en anglais). Avant avant hier "Le démon" d'Herbert Selby et aujourd'hui, je vais lui acheter les nouvelles de Saki.
Un régal, les nouvelles de Saki. So british?

Il me fait lire des poèmes, des nouvelles, bref on échange des titres de livre comme des fous affamés. J'ai souvent remarqué ça, quand je parle livres avec des passionnés, on devient vite enfiévrés. On prend des notes, on court acheter le livre en question ou on le commande sur Internet. Il se déclenche une fringale irrépressible !

Et je continue à écrire. Ou plutôt, je me suis mise à tout relire et à couper. J'adore couper, tailler, resserrer. Il le faut bien sinon cela va être un livre haltère !

Londres est devenue une ville formidable. Autant je n'aimais pas avant, autant, maintenant, je me régale chaque fois que je viens. Elle me fait penser à New York au temps où j'y habitais : une énergie folle, toutes les nationalités, toutes les langues, des chantiers à tous les coins de rue, des pièces de théâtre, des concerts, des expos. Ça donne le tournis. La ville vit à mille à l'heure. Paris semble une belle endormie à côté !
Et puis les gens sont si gentils, ici. C'est incroyable. Ils prennent leur temps, répondent à mes questions, ne s'énervent jamais. Pourquoi est-on aussi désagréables, nous, les Français ? Je me pose cette question très souvent ici. La vie est-elle plus dure en France ? Est notre particularité nationale d'être plus rugueux ?

Seul hic : la vie est chère. Très très très chère ! La moindre salade dans un resto : 6 pounds soit 10 euros. Ça fait cher le plaisir de ruminer de l'herbe ! Un café : 5 euros !

Je vais rentrer mercredi pour voir les deux fauves s'affronter à la télévision. Quelle dramaturgie ! Mais je reviendrai très vite.
Ici Tony Blair vit ses derniers jours de pouvoir. Mon copain écrivain le déteste à cause de la guerre en Irak. Le Prince Harry va combattre en Irak et les jeunes filles du royaume sont en émoi. Les journaux aussi. Mon Prince Préféré (Charles of course !) doit être inquiet. Je vais aller prendre le thé avec lui pour le rassurer.

I did it !

Mercredi 18 avril 2007. Grand jour. Très grand jour.
Je me suis baignée. Et vraiment baignée ! Pas du chiqué, pas de l'aspersion de gouttelettes sur corps tremblant ! Non ! Immersion totale et quinze minutes de nage en eaux glacées.
Toujours 10°. Toujours aussi difficile pour les bras et les épaules, mais immersion totale !

Ensuite, forte de ce triomphe aquatique, je me suis jetée sur mon ordinateur et J'AI FRANCHI LA PAGE 500 du roman !
Telle Laure Manaudou !

Le même jour !

Que s'est-il passé d'autre un 18 avril ?
À part la mort d'Einstein (1955), de Pagnol (1974), de Pierre Desproges (1988)
Et la parution du premier roman de Jules Vernes (1863)

Sinon
Je suis en colère noire !
Je reçois des dizaines de mails au sujet des élections. Calomniant l'un, vilipendant l'autre, dénonçant les sondages, les journaux, les télés, le poisson rouge du boucher, la planche à voile du garde-barrière !
STOP !
On est grands, on peut penser tout seuls. Pas besoin de nous assommer de chiffres, de phrases et de prédictions apocalyptiques. Si vous votez Untel, vous allez voir ce que vous allez voir et si vous votez l'Autre, vous allez le regretter toute votre vie ! Avec rappel des années 30, des rafles, des rifles, et des rouflaquettes !
Ce n'est plus une élection, c'est une frénésie de haine, de calomnies, de taper Un, taper Deux, taper Trois et dîtes n'importe quoi

Utopie et réalité

Ça y est ! Le premier round de l'élection est fini !
Il n'y a plus que deux groggy et le choix va être plus simple. On va pouvoir enfin parler programmes et écouter parce qu'à la fin, on n'entendait plus rien, c'était que du bruit.

Jusqu'à maintenant, ça volait plutôt bas.
Et les tout derniers jours, je recevais des dizaines de mails de haine au sujet d'un certain candidat ! Des mails qui vomissaient de la haine frénétiquement.

JE NE SUPPORTE PAS LA HAINE COMME ARGUMENT.
Qu'elle provienne de droite ou de gauche.
Les arguments qui relèvent de la haine sont irrecevables.
Moi, je suis du genre à rêver que tous les hommes et femmes politiques se donnent la main pour faire un grand et beau pays ! C'est vous dire si je suis mal à l'aise en ce moment.

Il y a eu un truc très drôle à la fin de la soirée télé, dimanche soir : un journaliste a parlé de "TUEL" au lieu de "DUEL".
Hi ! hi ! hi !

Ce serait si bien si on pouvait se passer de gouvernement !
Mais là je rêve carrément sauf que le bon Tocqueville l'a écrit lui-même : "Le plus grand soin d'un bon gouvernement devrait être d'habituer les peuples à se passer de lui".

Sinon,
Je suis rentrée à Paris.
Après QUATRE bains dans l'eau glacée. I'm the queen of the Manche !
Et le dernier bain a duré trente minutes !
J'étais rose crevette.
Mais il faisait si beau, si chaud

Et j'ai attaqué ma quatrième partie et la page 505
L'affaire se corse drôlement !
Car je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit, dans ce livre-là, un tueur rôde et tue.
Et parfois, je frissonne de peur !
Parce que mon assassin est animé par une drôle de haine envers le genre humain

Il y a longtemps, j'ai connu un assassin. C'était le plus charmant des hommes. Vraiment. Quandj'ai appris ce qu'il avait fait, j'étais atterrée, je me disais ce n'est pas possible, pas lui, pas lui !
Et quand j'ai commencé à envisager d'écrire ce livre-là, la suite des Crocodiles, toute mon histoire avec lui m'est revenue dans une bouffée de souvenirs.
Et tout s'est mis en place
Entre temps, j'avais compris pourquoi il tuait. J'avais reconstitué toute l'histoire de sa folie.
J'avais compris aussi que j'avais eu une chance inouïe de lui avoir échappé.

C'est ce qui me fascine le plus dans l'écriture : tout ce qu'on vit s'imprime en nous et finit toujours par ressurgir. Rien n'est jamais perdu. Le moindre détail ou la plus incroyable histoire. Tout sert. Comme si la nature était économe et ne voulait pas de gaspillage !

Bon, j'y retourne parce qu'après la page 505, il y a 506, 507, 508 etc...

Presque ! Presque !

Pas encore baignée !
Trempée jusqu'à la taille, mais pas immergée !
Un jour, elle fait 10 °, le lendemain 9° et moi, je suis là, à tâter l'eau, à me tâter, à lambiner dans l'eau, à moitié glacée.
C'est pas humain ! Sauf qu'aujourd'hui, il y avait une dame qui y est allée. Droit devant. Sans hésiter. Elle est entrée dans l'eau (9° !) et elle s'est lancée ! Elle a nagé dix minutes. Je la regardais, je pensais bravo, bravo, alors j'ai levé mes deux bras pas glacés et j'ai applaudi. Elle n'a pas entendu, mais j'ai applaudi. Parce que je me suis dit que c'était un exploit et qu'un exploit méritait d'être souligné par deux bras tendus en l'air qui applaudissaient. Je suis très bonne pour applaudir. Pour encourager. Je trouve qu'aujourd'hui, on cache trop sa joie. On n'ose plus crier bravo aux gens qui font des choses extraordinaires.

Sinon, j'ai bouclé ma scène après dix jours de combat au mot à mot. C'est fou ce que c'est important UN mot dans une scène. Et j'avais trouvé une phrase géniale qui faisait tout basculer, d'un seul coup, et il fallait que j'articule avant et après LA phrase ! Et finalement, j'y suis arrivée.
J'étais si fière que je l'ai fait lire à mon fils (la scène) et il a lu attentivement et après il a dit : "Ouaou ! cette phrase-là ! elle est géniale, elle fait tout basculer, elle donne la chair de poule !"
Il avait repéré LA phrase sur dix feuillets ! Et j'ai dansé la bourrée de joie et je me suis applaudie !
J'étais heureuse, si heureuse !

Vous voyez comme elle devient passionnante, la vie, quand on trouve la pépite qui fait tout basculer ! Le détail qui pose la cerise sur le gâteau. L'écriture, c'est ça. C'est une phrase, un mot qui tout à coup installe l'ensemble, donne son harmonie à tout ce qui a été écrit et qui n'est là que pour mettre en valeur la phrase qui va monter le tout ! C'est comme les blancs en neige, la mayonnaise, l'allumette qu'on glisse sous le pétard, la clef de voûte de la cathédrale.

Alors d'accord, je ne me suis toujours pas baignée, mais j'ai bouclé ma scène !
Et puis, j'ai jusqu'au 23 avril pour faire tomber mon record de baignade dans la mer glacée
Donc j'ai encore le temps. Je peux gagner un ou deux degrés.
Mais maintenant, je ne serai plus seule dans l'eau glacée. Je penserai à celle qui s'est jetée dans l'eau sous mon nez et je me dirai "allez ! Courage !"
Enfin, je dis ça, bien au chaud, devant mon ordinateur, mais si, quand même, j'y penserai, j'y penserai !