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Blog de Katherine Pancol

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Charade

Et si vous deviniez le titre de mon prochain livre avec une charade ?

Mon premier est (phonétiquement) le contraire de dur mais ne comporte que deux lettres.

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Mon deuxième est (phonétiquement) un adorable prédateur de petites proies à poils et à plumes mais on lui a coupé une lettre.

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Mon troisième ressemble (phonétiquement) trait pour trait à mon deuxième mais se distingue par un pluriel

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Et mon tout est le titre de mon prochain roman qui sortira en février 2014 ! 

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Et il est si joufflu, si touffu, (1400 feuillets bien comptés), qu'il sera découpé en TROIS tomes…
Par égard pour vos sacs, vos dos, vos sacs à dos ! 
Les cinq premières bonnes réponses gagneront un exemplaire du premier tome. 

À vos marques… 

Nous avons déjà reçu cinq bonnes réponses. Bravo aux gagnants et merci à tous !

Mes nuits avec Eric

Les journées se succèdent. Rigoureusement semblables. Amateurs de flamenco endiablé s'abstenir. 

Réveil. Petit déjeuner. Théières de thé. Lecture des journaux. Découpage si article qui tilt. Une oreille sur France Culture, un œil sur le jardin. Les feuilles tombent. Il pleut. Comme hier et avant-hier et peut-être demain.  

Monter dans mon bureau, ramasser les notes prises pendant la nuit, les recopier (ou pas), relire les lignes écrites la veille, en ajouter de nouvelles, corriger, corriger, manger un œuf coque, une sardine à l'huile, une jeune biscotte, guetter Mister Georges l'écureuil qui vient rafler les cacahuètes au pied des arbres, changer un mot, effacer une phrase…

Aller voir la mer. Presque toujours grise. "Mal réveillée" dirait Eric Neuhoff dans son épatant "Dictionnaire chic du cinéma". 

Première phrase du livre : "Que les choses soient claires : Rivette m'emmerde, Tati ne m'a jamais fait rire et Resnais a le don de m'assommer." Entraînant, non ?

Tout le reste est sur le même ton : impertinent, intelligent, déluré, drôle.

Le type ne se pousse pas du col, "j'ai écrit des livres dont le titre dit quelque chose à une cinquantaine de personnes dans Paris" mais quand il écrit, il ne fait pas de pâtés. Ni de courbettes. Il se fiche qu'on lui colle une étiquette. Il trousse, détrousse, habille pour l'hiver ou enlumine à jamais.

J'aime Eric Neuhoff. J'aime son humour drapé dans une toge anglaise, l'élégance de l'homme qui choisit ses mots comme des bombinettes. Il écrit comme Colette et c'est un garçon.

Il écrit sur sa passion, le cinéma. "Le cinéma est malheureusement pris au sérieux par des gens dont le métier devrait être la frivolité". Sur les films, les acteurs, les actrices.

Bardot. Elle avait refusé de jouer dans un James Bond. "Je trouve les films de James Bond excellents, mais sans moi. À moins qu'on ne me laisse interpréter le rôle de Bond !".

Son article sur "De rouille et d'os" de Jacques Audiard est un régal. "Audiard essaie de savoir pourquoi l'homme et la femme s'entendent si mal, pourquoi ils ont besoin de se percuter. Il filme avec urgence et fébrilité une France qui se nourrit de yaourts périmés, où la famille est un mot appris dans les livres".

Je lis avant de m'endormir et je souris toute la nuit. 

Mon Jules...

Les livres sont les meilleurs remèdes au chagrin. 
Dites-moi de quoi vous souffrez et je vous prescrirai un auteur. La Rochefoucauld, La Bruyère ou Barbey d'Aurevilly ?
Excellents pour les chagrins d'amour, les amitiés brisés, les hoquets. En prendre deux à trois pages chaque jour. Et les laisser fondre dans votre tête.
La correspondance de Flaubert dans la Pléiade ? Guérit tout même les arrêts de cœur. À consommer sans modération.
Colette ? Pour une peine têtue qui ne demande qu'à être distraite.
Saki ? Un léger, très léger mal de vivre. Un bâillement.
Etc. 

Qui je relis en ce moment ?
Jules Renard.
Le journal de Jules Renard. Édition Bouquins.
Un régal.
Jules Renard vous fait sourire d'intelligence. Il vous envole d'une formule et vous remet droit debout dans la vie. Il parle de Paris, il parle de la campagne, il parle des hommes, il parle des bêtes. 
Un extrait ?
"Soirée. Des femmes si décolletées que, quand on leur parle d'un peu près, on croit parler à des femmes nues. Et moi pérorant, donnant des consultations à deux vieilles jeunes filles avec qui je ne voudrais pas coucher, tout habillées. D'autres énormes femmes qui se sont fait souffler dans les seins avant que de venir, et, peu à peu, ils fuient et se dégonflent.
On entendrait voler une montre."
Ou :
"Quand une femme vous dit, "un homme comme vous…", c'est une façon de dire "quand vous voudrez, monsieur". Je suçote ses mots comme des bonbons. Je m'endors en souriant.
Ce sont mes doudous.

1029!

J'écris, j'écris, j'écris.
Hier, j'ai atteint la page 1029.
Et je passe en boucle le Kyrie de la Petite Messe Solennelle de Rossini.

J'écris, j'écris, je cours aux trousses de mes personnages. Certains, tout petits au début, sont devenus géants, d'autres qui partaient bien se sont essoufflés, ils ont rétréci. Ce ne sont plus que des silhouettes. Ils avaient pourtant tous leur chance.

La fin d'un livre, c'est dix heures de travail par jour et une ou deux heures de récré le soir avant de se coucher.
Des boîtes de sardines qu'on mange sur un bout de pain, les doigts poisseux sur le clavier, des litres de thé, des crayons et des Bic partout, des blocs partout, des murs remplis de Post it, Ne pas oublier que… Préciser que… Vérifier que…

Et garder les yeux, les oreilles ouvertes. Le nez en alerte.

Colette disait qu'on écrivait avec ses cinq sens. Elle barrait tous les mots abstraits dans un texte.
Hier chez le boulanger, une femme  parle de son beau-frère, "il est con, mais il est pas bête ! Il travaille bien, vous pouvez lui faire faire du placo et tout."
Hop ! petit crayon, papier dans la poche, je note. Et je jubile. Merci, la vie !

La fin de mon livre, c'est le pied qui s'étend, tâtonne, cherche le chien Chaussette enroulé à mes pieds. Le pied s'entête, pousse un peu plus loin, balaie, insiste et je me souviens, il n'est plus là.
Je renifle.
Mais le livre est toujours là et je reprends en reniflant.

Merci, merci, merci.

Vos messages m'ont émue. Beaucoup, beaucoup.
J'avais commencé à vous répondre un par un et puis... je pleurais en vous écrivant. Alors j'ai arrêté. Il suffit que j'écrive "Chaussette" pour que je renifle furieusement.
 
L'autre jour, je suis allée à Carrefour. J'avais ma liste de courses. Je suivais cacahuètes (pour Mister George, l'écureuil dans le jardin), Spontex, yaourts, eau de Javel, sacs poubelles, etc. J'ai relevé le nez et aperçu le rayon "aliments pour chiens" et j'ai éclaté en sanglots !

J'ai lu tous vos messages et reçu tout votre amour.
Merci pour votre présence.
Merci pour vos anecdotes, vos mots doux, tendres.
Je les ai lus et les ai pris comme des caresses de pattes de chiens.
Bon je vais arrêter, je pleure encore !
Avec un grand sourire...