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Blog de Katherine Pancol

Olé !

 

Retour d'Espagne. De Barcelone et de Madrid. 
Une fête perpétuelle !
Les gens dînent jusqu'à deux heures du matin, les rues débordent de promeneurs bras dessus bras dessous. À Madrid les belles avenues rappellent la grandeur des rois d'Espagne, les monuments vous obligent presque à faire la génuflexion tellement ils sont majestueux, chargés de rêves et de batailles... et à Barcelone, il y a la Sagrada Familia. Une basilique pensée et dessinée par un fou génial, Gaudi, qui avait les yeux en forme de fentes verticales comme el Gréco.
Il vivait dans son monde à mille pieds du sol et mourut écrasé par un tramway qu'il n'avait pas vu venir...
Sa cathédrale est magnifica. Un Annapurna de pierres tourneboulées, de flèches ciselées, de statues rouges, vertes, jaunes et bleues, de globes opalescents, de cônes dorés, de colonnes en marbre multicolore, d'escaliers en pierre qui montent aussi haut que la tour Eiffel… Une folie kitsch à la gloire de Dieu. Au moins trois fois Notre Dame, dix gratte-ciel empilés, un pâté de maison entier dédié au Ciel, aux anges et aux apôtres. On a la tête qui tourne dans tous les sens pour ne pas perdre un seul détail et la bouche figée en O à force de s'exclamer...
 
J'étais conviée en Espagne pour fêter la sortie de "La valse lente des tortues", "El vals lento de las tortugas".
Los cocodrilos cavalent dans le palmarès espagnol et las tortugas leur emboîtent le pas avec la même alacrité. Olé y castagnettas ! Et moi, je bois du petit leche, émerveillée par la popularité de Josefina y la familia Cortès !
 
En Espagne, le taux de chômage atteint 20% et on se demande pourquoi les gens sourient dans la rue. C'est parce qu'ils ont tous deux boulots, m'explique Guillermo, et quand ils en perdent un, il leur reste l'autre pour faire vivre leur famille. Un travail au noir, non déclaré. C'est comme ça que ça marche là-bas...
 
Et c'est vrai qu'on ne sent pas la morosité quand on se promène sur les Ramblas de Barcelone ou dans les rues de Madrid. Les restaurants et les bars sont pleins le soir et les filles rient dans de belles robes échancrées pendant que les garçons leur lancent des regards noirs et capiteux. Hombre !
J'aime l'Espagne. J'aime la vie qui coule dans les veines des Espagnols...
 
Retour en France. Je reçois un appel de Juliette Boisriveaud. Ma rédactrice en chef quand j'étais débutante en journalisme à Cosmopolitan. Celle qui m'a appris à écrire. Qui m'a fait réécrire dix huit fois le même article. Qui me martelait toujours les mêmes mots; cela me faisait des coups de marteau dans la tête :
 
"Observez. Décrivez.  Ne dîtes pas, montrez. Trouvez le détail vrai qui me permettra d'imaginer,  d'entrer dans votre histoire. Chassez les clichés. Une voiture ne vrombit pas. L'orage ne gronde pas.  L'hiver ne dépose pas son blanc manteau de neige, l'angoisse n'étreint pas les  cœurs. Interdit, interdit, interdit ! Montrez-moi la sécheresse en me  décrivant les ornières de la route, la pluie en me faisant patauger dans la  gadoue, le trac en faisant bégayer le narrateur, la soumission dans l'inclinaison d'une nuque, la convoitise dans les yeux allumés et rétrécis.  Des attitudes, des images, des sons et des odeurs ! Et l'émotion débordera.  Elle jaillira des détails que vous aurez extirpés de votre mémoire, du regard  que vous portez sur ce qui se passe autour de vous. Votre regard !"
 
Et je me demandais où étaient mes yeux...
 
Et puis un jour, les mots sont tombés comme des plis impeccables et verticaux. Cela faisait pling, pling et cela faisait même de la musique. J'ai déposé mon article sur le bureau de Juliette. Elle a mis ses lunettes, a lu. Et peu à peu, le sourire s'est étiré sur son visage. Elle a reposé le papier et m'a dit : "ça y est ! Vous y êtes..."
 
Trois mois après, un éditeur, Robert Laffont, m'appelait et me disait "j'ai beaucoup aimé votre dernier article et je voudrais que vous m'écriviez un roman..."
Pour lui faire plaisir, j'écrivis "Moi d'abord". Ma vie bifurqua. Juliette avait fait de moi "un écrivain".
 
Voilà pourquoi j'aime Juliette depuis si longtemps. J'aime sa générosité, j'aime sa patience, j'aime sa gourmandise, j'aime son œil de lynx qui fouille au plus profond de l'autre pour détecter un talent. Et maintenant j'aime sa liberté, son esprit aventurier... À 76 ans, elle laisse tout derrière elle, vend maison, meubles et jardin, et part s'installer en Thaïlande. Parce que la France la fatigue et qu'elle veut connaître un dernier frisson de conquistador... 
Elle m'a appelée de l'aéroport.
Je lui ai promis que j'irai la voir.
Et je le ferai...