Language choice

Blog de Katherine Pancol

Je m'étais dit...

Je m'étais dit, je rentre et je raconte, je raconte Beyrouth, Saïda, Damas, Alep, Palmyre, les ruines, le désert, les villes qui klaxonnent comme des éperdues, le Liban qui danse, léger, au-dessus d'un volcan...
Je raconte, je raconte et déjà dans ma tête, les mots s'ordonnaient comme des papillotes de papier, vifs, colorés, sentant le jasmin, le musc, les mezzés et les narguilés.
J'avais tant de mots en tête, tant d'images ramassées pour vous...
 
Et puis...
En quittant Palmyre, nous nous sommes arrêtés entre Palmyre et Damas au Bagdad Café (parce qu'il se trouve sur la route de l'Irak !). Un café bas comme une tente de bédouin, en plein désert, tenu par un sexagénaire ventripotent qui frisait ses moustaches en contemplant l'horizon, les collines au delà du désert de sable et de cailloux. J'ai commandé un jus de mangue en boîte.
Erreur fatale !
Je l'ai bu avec gourmandise pourtant. En caressant des yeux, la ligne bleue, rose, floue du désert qui se mélangeait au ciel. Je me disais en buvant à petites gorgées que le désert, cet espace si vide, emplissait si bien l'âme. Que je pourrais rester des heures et des jours et des semaines à le fixer, à me remplir de cette beauté floue, paisible, immense, à rester là, les bras ballants, le corps délacé à me rassasier de l'espace infini. Je pensais au père Charles de Foucault à Tamanrasset, à Lawrence d'Arabie, aux ermites réfugiés dans les grottes et je les comprenais...
Le désert me chuchotait déjà mille histoires à l'oreille.
 
Nous sommes repartis. Silencieux et graves.
Nous avons continué à rouler dans le désert. Les tentes de bédouins, les chèvres, les enfants qui courent pieds nus, les femmes qui portent des montagnes d'herbes sur la tête... J'avais l'impression d'être hors du temps.
Jusqu'à ce qu'un coup de poignard dans les entrailles me précipite au bord de la route. Le jus de mangue en boîte devait être avarié, la date limite complètement dépassée et je plongeais dans le néant. Maux de tête, vomissements, fièvre, suées chaudes, suées froides...
J'ai pris l'avion du retour tel un fantôme flageolant.
 
Cela fait quatre jours et je commence à peine à pouvoir ouvrir les deux yeux sans chavirer aussitôt !
 
Donc je vous parlerai du Liban, de la Syrie, du Salon du Livre de Beyrouth quand j'aurai complètement repris mes esprits et mes sens...