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Blog de Katherine Pancol

On the road again...

Et je cours sur les routes du Midi, montée sur mes chaussures ailées (mes Massaïs shoes ou MBT...qui sont enfin en vente en France, youpiiii ! Pour vous renseigner, allez sur le site officiel : www.fr.mbt.com. Attention, il y a plein de faux sites Mbt qui proposent des modèles au tiers du prix, modèles qui ne collent pas des ailes aux pieds !)
 
Je suis donc arrivée chez mon amie lectrice qui habite près de Dieulefit. Elle est venue me chercher à la gare de Valence avec son chapeau orné de cerises et un grand sourire. Je crois bien que nous avions le trac toutes les deux...
Deux journées à parler, à rire, à marcher dans le thym et la garrigue, sous les figuiers et les chênes liège, au milieu des troupeaux de chèvres et des ânes.
La nuit, un loup rôde et attaque les troupeaux. Les paysans rentrent les brebis, en vitupérant le prédateur protégé par la loi. On entend les cloches tintinnabuler et le cri des bergers, rameutant les bêtes.
Dans la Drôme, des jeunes couples s'installent et cultivent la terre. Ils se servent des ânes pour tirer la charrue, vendent leurs produits sur les marchés, vivent dans de grandes yourtes blanches en attendant de s'installer dans le corps de ferme qu'ils restaurent lentement.
 
Nous sommes allées nous promener à Dieulefit. Dans un café, on a rencontré Monsieur Blanc qui buvait du génépi. Monsieur Blanc distille de la lavande et "rabasse" la truffe noire. Il nous a parlé de la mouche rouge qui repère la truffe enfouie et indique aux chiens où fouiner. Il nous a montré ses cicatrices sur les jambes : il s'est blessé en tombant deux fois de son tracteur. Il a dit qu'il pouvait bien nous montrer ses blessures, il avait passé l'âge de plaire. Mais son œil disait le contraire et, fier de ses 72 ans bien verts, il nous a invitées à visiter sa distillerie...
 
Puis, nous avons filé à Grignan chez madame de Grignan, la fille de la marquise de Sévigné. Elle vivait dans un château, tout en haut du village. Nous ne sommes jamais arrivées jusqu'au château... Nous nous sommes arrêtées chez Jean François, bouquiniste, qui tient une librairie, Montée Tricot. Une vraie caverne aux trésors. On a poussé la porte et plongé le nez dans des piles de livres à la recherche de la truffe rare. Jean-François m'a offert un livre sur les araignées, leur vie, leurs mœurs, leurs lubies, signé d'un certain Monsieur Fabre, illustre entomologiste.
En Normandie, je prends souvent mon petit-déjeuner face à une toile d'araignée que j'observe avec passion. Je me dis parfois que c'est bien mieux que la télévision…
 
Je lançais un titre que je pensais introuvable, "3, 6, 9" de Colette et il filait le chercher dans la réserve. Il lançait un autre titre et je tentais de le repérer dans les piles posées à terre... On a joué à ce petit jeu si longtemps qu'on a oublié la visite du château !
Alors il a fermé boutique et nous sommes partis tous les trois nous poser dans un salon de thé tenu par une Allemande polyglotte qui faisait des gaufres à tour de bras : elle avait une machine toute neuve et voulait la tester ! On a bu du thé, avalé des piles de gaufres en regardant sur la petite place, au-dessus d'une fontaine en pierre, la statue de la marquise de Sévigné, grasse et alanguie, recevoir l'hommage des touristes qui la mitraillaient.
Il n'y a pas de paparazzi ni de statue pour madame de Grignan...
 
Ensuite, toujours sur mes souliers ailés, j'ai filé à Avignon.
Chez mon frère, Dominique.
Il est architecte et construit de belles maisons.
Pour être heureux dans une maison, il faut planter trois cyprès autour et le malheur fait un détour !
C'est mon frère, il est grand, il est beau et il a toujours raison. Ce qu'il y a de bien avec un frère, c'est qu'on a toujours dix ans quand on le retrouve... Nous avons nos rites, nos mots fétiches, nos mots tabous, la même manière de manger les tomates et de boire le café, un sucre coincé dans la joue, les mêmes grognonneries et les mêmes fous rires. J'ai envie de lui frictionner le crâne tout le temps, mais je me retiens pour ne pas l'embarrasser.
Avec les garçons, faut tempérer les effusions...
 
À Avignon, je suis allée voir l'exposition Barcelo. Je n'arrivais plus à quitter le musée tellement c'était beau. Un gardien m'a tapé sur l'épaule et m'a montré la sortie. J'avais trop de couleurs dans les yeux, je ne trouvais plus la porte. J'avais une envie furieuse de voler un tableau. Cela m'arrive parfois quand la beauté m'estourbit. J'ai envie de lui attraper les pieds, de l'agripper, de l'emporter chez moi et de m'enfermer avec elle jusqu'à la fin des temps.
 
Le soir, direction Carpentras et la librairie de l'Horloge, tenue par Françoise et Armand Bascou. Vous étiez si nombreux qu'on est allé s'installer dans la petite chapelle de la Madeleine juste à côté. On a passé une soirée douce, douce. Il flottait un air de veillée d'antan. Françoise posait ses questions, je répondais, vous posiez des questions, je répondais. On a parlé longtemps...
J'aime ces rencontres. Beaucoup.
 
Puis ce fut Aix en Provence...
La ville de mes parents, la ville de mes grands-mères, Mamie et Grand-mi, la couturière qui faisait de belles robes et la gourmande qui réussissait si bien la blanquette de veau et trichait quand elle jouait au rami...
Le cours Mirabeau, les platanes, les fontaines moussues qui font chanter l'eau, la place de la Rotonde, la rue Clemenceau, la rue Fabron, l'ancienne prison qui me faisait frissonner quand je la longeais avec Grand-mi qui allait s'acheter un tablier un peu plus loin dans la rue, le Palais de Justice, le marché, les calissons, le nougat noir que touillait ma grand tante dans des bassines en cuivre...et au loin, la montagne Sainte Victoire.
Oh la la ! les bouffées d'enfance qui remontent à Aix-en-Provence et piquent les yeux...
 
Et enfin, toujours sur mes souliers ailés, j'arrivai à Mouans-Sartoux.
La grande fête du livre. Une fête où toute la ville, tous les habitants participent bénévolement... des kilomètres de tentes blanches qui abritent des livres et des écrivains...
Un rêve !
Vous étiez nombreux, on a pris le temps de se parler, d'échanger des sourires et des confitures, des regards coulés et des soupirs.
Le soleil tapait sur les tentes blanches, les écrivains parlaient dans les micros, il y avait de la musique dans les rues...

C'était beau comme Noël en été.