J'étais arrivée au Salon du Livre, le nez en l'air. Je vous préviens, j'avais dit à Albin Michel, au Seuil et au Livre de Poche, je vous préviens, cette année, je ferai tapisserie, je baillerai aux corneilles, je me tournerai les pouces, je compterai les mouches, bref, je ne signerai pas beaucoup. Peut-être un ou deux livres parce qu'un ou deux distraits se seront égarés dans les allées, mais n'y comptez pas trop. Préparez les macarons, les chocolats, les bâtons de réglisses, les pâtes de fruits et autres bonbons jolis, les thés variés, les boissons qui font des bulles ou pas, bref ! sortez les cotillons et faisons la fête sans lésiner.
J'étais donc prête à lézarder, les gourmandises reposaient sous mes yeux et le Champagne pétillait.
Il n'en fut rien.
J'ai signé, signé, signé. Reçu des cadeaux et des offrandes, des sourires, des rires, des demandes chuchotées, des petits mots et des confessions qui m'ont inondé les yeux de larmes. Un si joli foulard bleu marine à pois blancs que je porte autour du cou tout le temps, tout le temps...
Je n'ai pas vu le temps passer. J'ai juste su à un moment que je ne pouvais plus écrire, que les mots gondolaient sous ma plume et que je ne savais plus comment je m'appelais.
Merci à toutes et à tous d'être venus.
Merci, merci, merci.
À chaque fois, ce sont des brassées d'amour que vous m'apportez et je repars chargée comme un petit âne heureux !

