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Blog de Katherine Pancol

La guerre des cerises et des oiseaux...

cerises_vertes.jpgÇa ne s'arrange pas du tout ! Mais alors pas du tout !
Je cours toujours plus vite. Speedy Gonzalez est un escargot arthritique comparé à moi !
Aux prochains jeux olympiques, je m'aligne pour le 100 m.
 
Ce week-end, j'ai fait une pause. Je suis allée m'échouer sur le gazon normand. J'avais sillonné encore une fois les routes de France (Toulon, Aix, Marseille, Toulouse, Mont de Marsan…).
Coco, la fée de la maison, épousait Le bel Hector dans le Gers et nous sommes allés à la noce. 40 degrés à l'ombre… quand on en trouvait ! On rasait les murs, on se disputait l'ombre pointue d'une ardoise…
Mariés beaux comme des dragées, cortège enrubanné, klaxons, vins d'honneur, banquet et glou et glou et glou … et le lendemain, on recommençait !
Les mariés ruisselaient de bonheur, frais comme deux roses.
L'amour fait des miracles.
Je hurlais après la fraîcheur normande…
Attraper un bout de ciel, un rayon de soleil, inspirer, souffler, inspirer, souffler, reprendre un bout de ciel, un morceau de soleil, étendre les bras, m'étirer, m'étirer…
 
Regarder le cerisier qui s'orne de belles cerises encore vertes. Les lorgner, les imaginer mûres, sentir la peau qui craque sous mes dents, le jus qui gicle. Et me dire qu'elles vont me passer sous le nez… parce que dès que je lève un bras vers l'arbre pour en tâter une, les oiseaux s'envolent en froissant leurs ailes. Nonchalamment. Sans même faire semblant de me craindre. Ils attendent que j'ai tourné les talons pour les engloutir toutes et me piller, tranquilles. Il ne m'en restera pas une. Ou alors deux ou trois croquées qu'ils abandonnent comme la signature de leur méfait. Je le sais, chaque année, c'est pareil. Ils me narguent, les étourneaux sansonnets, les bergeronnettes, les roitelets huppés, les troglodytes mignons, les pouillots fitis, les mésanges nonnettes et les accenteurs mouchets… Ils lancent chacun à leur tour leur cri de guerre pour m'écarter. Il y a même un gros chat gris posé sur la pelouse qui attend en se léchant les pattes avec le soin d'une manucure délicate.
Je n'aurai pas le dessus… je renonce et je rentre dans la cuisine. Je mets une chanson des Stones à tue tête. "Baby, baby you're out of time… baby, baby, out of my tree…"
Ils ne bougent pas une aile et restent accrochés à mon cerisier ! Aucune éducation, aucune dignité. Chacun pour soi. Laissez m'en juste une ou deux… Ils me rabattent le caquet d'un coup de sifflet.
 
Tant pis… Je préfère encore épier les mésanges bleues et les chevaliers guignettes que de suivre l'actualité dans les journaux. C'est de plus en plus déprimant, désolant, effrayant. Mais que dirait la Marquise de Sévigné ? Je crois bien qu'elle laisserait tomber sa plume sur le papier et irait couper ses roses en secouant la tête de désapprobation.
 
Lu dans le Monde la tribune de Simone Veil et de Michel Rocard, qui s'intitule "Halte au feu" et en sous-titre : "dans l'affaire Bettencourt, il est urgent d'élever le débat". Que disent ces deux Sages ? "Rien n'est plus essentiel que de favoriser le dialogue entre tous ceux qui sont en charge de l'intérêt public et rien n'est pire que l'anathème lorsqu'il prétend en tenir lieu." Ou encore que, si fortes soient les divergences politiques, "elles ne doivent pas conduire à l'aveuglement, à l'insulte, à la déconsidération de l'autre". Ou encore "débattre est une chose, vouloir à tout prix abattre l'adversaire en est une autre. Attaquer ad hominem, harasser sans relâche, dénoncer sans preuve d'un côté comme de l'autre, ce n'est pas servir le débat, c'est desservir la démocratie, l'affaiblir et finalement l'asservir au nom même des principes que l'on croit si bien défendre. C'est porter atteinte à la dignité de la personne, c'est porter un coup à la politique, à la République. Aussi, reprenons quelque hauteur, ne cédons pas aux facilités rhétoriques et aux emportements à visée scénique, cessons les excès de tous ordres et débattons. Dignement."
 
On ne pourrait pas les cloner ces deux-là ? En une centaine d'exemplaires. Et les poser bien sages, bien raisonnables, bien justes sur les bancs de l'Assemblée Nationale ?
 
Et dans mon cerisier, s'il vous plaît, s'ils ont une minute à perdre !