Entendu hier dans la rue :
- C'est où, dis, Paris ? demande le petit garçon à sa maman.
- En Sibérie !
Ouikend donc en Sibérie.
Les courants d'air sifflent sous mes vieilles fenêtres.
Feu de cheminée, samovars de thé, livres, séries télé...
Enfouie sous des épaisseurs de laine de lama, de mouton et de chèvre, je regarde "Downtown Abbey", feuilleton anglais délicieux qui narre les heurs et les malheurs d'une grande famille anglaise et de sa domesticité avant et après la Grande Guerre.
Les cœurs battent, l'argenterie brille, les corsets lacent, les journaux sont repassés afin de ne pas salir les doigts des maîtres qui vont les feuilleter, les chevaux trottent, les voitures roulent à vingt à l'heure, les filles portent des robes longues, les hommes en frac fument des cigares après le dîner.
L'aristocratie change de tenue trois fois par jour, la domesticité est suspendue aux clochettes qui sonnent jour et nuit, un noble ne s'habille ni se déshabille sans son valet ou sa femme de chambre et l'enfant, né hors mariage, est jeté à la rue avec sa mère.
La vie se déroule, réglée, rigide, aseptisée sur le vert gazon anglais. Une lèvre qui tressaille est un "je t'aime" ou "je te hais" qui s'exhale. So british !
Et puis, un jour, l'archiduc est assassiné, la guerre éclate et ce monde coule.
Un nouveau monde va émerger.
Les lords et les ladies vont apprendre à se baisser pour lacer leurs souliers, à se salir les doigts en feuilletant le journal, à n'adopter qu'une seule tenue pour toute la journée.
Ils vont voir, ébahis, leur chauffeur enlever leur fille chérie et leur valet se lancer dans les affaires.
Que s'est-il passé ?
Une révolte ? Non. Une révolution ? Même pas.
Un monde nouveau qui prend place...
Tout simplement. Sans verser le sang.
C'était il y a un peu moins de cent ans.

