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Blog de Katherine Pancol

Le bonheur...

Ça y est : je sais ce qu'est le bonheur !
Je le touche du doigt à l'instant où je vous parle.

Je suis assise dans mon fauteuil, devant ma table, ma longue table de travail, mes livres, mon ordinateur, mes précis de grammaire, et je le contemple. Droit dans les yeux.
Le bonheur.
Je le tiens par la barbichette et ne le lâche pas. Je me dis dans ma tête : Katherine, c'est ça, le bonheur. Détaille-le. Fixe le sur tes rétines. Goûte-le. Respire-le. Prends ton temps, ouvre les bras, ouvre ta tête, remplis-la de ce bonheur-là. Encore et encore. Il y a toujours de la place pour du bonheur supplémentaire.

Je ne m'en lasse pas. J'ouvre les yeux, j'étends les bras, j'attrape le bonheur, je l'enlace, le serre contre moi, je ferme les yeux, je les rouvre : le bonheur est toujours là…

Je dis tout haut merci, merci. Je ris toute seule. Je m'étire sur mon fauteuil. Un beau fauteuil offert autrefois par un beau fiancé qui voulait que je pense à lui chaque fois que je poserais mon séant devant mon ordi pour travailler ! Quelle prétention, non ? N'empêche que ça marche. Pas à chaque fois, mais ça marche ! Je m'assieds et j'ai une pensée furtive pour lui. Je me demande qu'est-il devenu ? Est-il heureux ? Est-il las ? Heureux vraiment comme moi en cet instant précis ? Je sais qu'il est toujours vivant : je vois sa photo dans les journaux.
Depuis j'offre souvent des cadeaux quotidiens. Pour qu'on pense à moi en se grillant une tartine, en ouvrant une valise, en nouant une écharpe. Vanitas vanitatis !

Et je ris encore. Toute seule. De grand bonheur.

Le chien lève la tête, soupire, repose la tête sur ses pattes de devant. Elle est folle, je n'y peux rien… Hé, vieux chien grincheux ! Tu fais partie de ce bonheur, je lui dis. Il soupire encore et refuse de tourner la tête vers moi. Il m'ignore.

Alors je me renfonce dans mon beau fauteuil d'Ancien Fiancé et je me dis tout bas : c'est donc ça, le bonheur…
Ça peut être simple. Si simple.
Ça peut être aussi simple que "ça"…

Pour moi, en ce 5 juillet 2009, il est très simple, mon bonheur.
Très prosaïque.

Il s'appelle : Bureau Nouveau.
Depuis hier, j'ai un bureau dans ma maison de poupée en Normandie.
J'ai fait abattre une cloison, réuni deux toutes petites chambres, tout repeint en blanc et crème anglaise, et déclaré que j'avais un bureau.
Avant, je travaillais dans la cuisine. J'étais obligée de pousser livres, ordinateur, dictionnaires, papiers, stylos, crayons, vieux bonbons collés, feuillets griffonnés, cartes de géographie, atlas, dès que l'heure des repas approchait… Je pestais, mais je poussais.
Il y avait des éclaboussures de gras sur mon écran, de la confiture sur les touches du clavier… Les pages des dictionnaires collaient pour avoir approché de trop près les plats alléchants (ou pas !) que je mitonne face à la mer !

Aujourd'hui, c'est le bonheur : je m'étale…
Je m'étale dans un espace de beauté.
Mon bureau est beau. Si beau !
Plancher peint en blanc crémeux, murs peints en blanc cassé. Une longue planche sur de larges tréteaux Ikéa. Des étagères blanches, un canapé pour m'allonger quand je cherche une idée et que ma tête dodeline, des coussins par terre pour les visiteurs (et le chien qui roupille !)… Une grosse boîte orange siglée Hermès que je trimballe depuis des lustres et où je range tous mes feuillets volants, toutes mes précieuses notes. Une mini chaîne où j'écoute en sourdine des airs de jazz pour accompagner les mots qui envolent…
Devant moi : les pommiers normands, derrière moi : la mer.
Sur les pommiers, mon regard glisse et je peux travailler.
Sur la mer, mon regard s'enfonce et les mots se noient !

LE BONHEUR !

Comme dans "Une chambre à soi".
Si vous n'avez pas lu ce livre magnifique de Virginia Woolf, précipitez-vous…
Et vous serez heureux, heureux…