Language choice

Blog de Katherine Pancol

Route et routine...


Home, sweet home !
C'est bon de retrouver les meubles en place, l'odeur d'encaustique, les coins de couloir qu'on heurte de la même hanche avec la même force provoquant le même bleu, le robinet de gauche qui ferme mal, celui de droite qui goutte toujours, le camion poubelle au petit matin, le rayon de soleil à travers les rideaux, le chien qui réclame sa biscotte, le camélia du balcon en fleurs, le buis devenu tout jaune, ma collection de théières, mes thés de Chine et d'ailleurs…
La pile de lettres sur mon bureau qui monte jusqu'au plafond ? Je l'ignore. Pas envie de me plonger dans les imprimés et les factures…

Envie de…
Reconnaître les lieux.
Ne rien faire.
Gratter la couenne de Chaussette.
Lire les journaux. Suivre les événements en Iran sur toutes les chaînes de télé… Le détournement de la démocratie en direct. Le courage des manifestants.
Relire "La reine Margot" (dans mes tribulations, j'avais emporté –et dévoré- "Eugénie Grandet", "le cousin Pons" et "le Lys dans la vallée". J'aime voyager avec Honoré !).
Chasser les pigeons qui s'incrustent sur le rebord de la fenêtre. De lourds pigeons gras qui ne décampent pas…
Suivre mes feuilletons préférés. J'ai manqué des épisodes de "Desperate Housewives", mais "Mad Men" (saison 2) a recommencé. C'est sur Canal + le dimanche soir et c'est chef d'œuvre. L'histoire des hommes de la pub dans les années cinquante-soixante. Le premier épisode débute avec l'arrivée de la première photocopieuse. Une moissonneuse-batteuse qui prend toute la place. Tout le bureau se rassemble pour contempler le monstre…
Et puis jeudi soir prochain, "Damages" avec Glenn Close. Miam-miam…

Revenir, c'est retrouver une routine.
Remettre ses pieds sur une vieille route.
"Routine", qui vient de "route", du latin "via" et "rupta", "voie ouverte et frayée".
Au début (XVI eme siècle), "routine" signifiait "un savoir faire acquis par une pratique prolongée" et, petit à petit, au fil des ans, le mot est devenu synonyme de "action accomplie par habitude, machinalement". D'où le sens péjoratif de "habitude de toujours agir ou penser de la même manière"…
Drôle de glissement ! De la voie ouverte, du geste aventurier et hardi première manière, le mot se retrouve pépère, obtus, borné au bout de quatre siècles. La langue a de ces contorsions !

Donc j'ai retrouvé ma "routine" parisienne…
Pas pour longtemps car je vais bientôt partir en Normandie et reprendre l'écriture.
Ce sera une autre routine.
Une autre route qui me mènera du lit à la cuisine, du thé matinal à la table de travail, de la table de travail à la cuisine, aller-retour… Du matin jusqu'au soir. Avec des entractes : un petit tour à la plage, un plouf dans l'eau, une balade avec Chaussette, le marché de Fécamp, celui de Saint Valéry…

Avant de partir, j'en étais à la mi-temps du roman.
Va falloir reprendre l'ouvrage comme on reprend l'entraînement. Tout se remettre en tête. Refaire la route avec les personnages. Sans faiblir, sans leur lâcher la main, sans omettre d'insérer les détails, les divins détails glanés pendant ce long voyage…

Au début, cela va être dur. C'est comme lever de la fonte quand on a relâché les muscles et englouti des marshmallows !
Je vais me manger les doigts, rouler du bout du pied Chaussette sous la table, me gratter le cuir chevelu, fixer rageusement les pommiers, écrire sur du papier blanc collé au mur, pester, râler, me désespérer, trouver un fil, le tirer… et mille fois sur le métier, remettre mon ouvrage !
La routine, quoi…