le temps file, file, file...

Et je cours après les heures et les jours…
Tout va trop vite, trop vite.
J'ai perdu mes repères, mes horaires, mes heures de silence à ramasser des brindilles, à en faire des pelotes de laine que je range dans un tiroir de ma tête en attendant de les tricoter en histoires, en émotions, en rires et en grimaces…
Il est si lent, le temps de l'écriture, et si rapide, celui de la promotion !
Je suis passée de l'enfermement total à l'exposition brutale. Et il faut faire bonne mine, sourire, faire savoir que le livre est sorti, qu'il est dans les librairies, répondre toujours aux mêmes questions…
Répéter, ânonner…
Lire mes propos déformés.
 
Drôle de temps que celui de la "promotion" d'un livre…
Je ne suis plus "moi", mais un reflet.
Et je regarde ce reflet avec étonnement. Avec la bizarre impression de ne pas me reconnaître. Comme si on parlait d'un moi que je ne connais pas.
C'est pareil à chaque sortie de livre. Je devrais le savoir… Mais à chaque fois, je ressens la même surprise, le même choc, la même sensation que je me brûle…
Rares sont les journalistes qui écoutent…
Ou qui lisent le livre.
Ou qui s'intéressent à l'écriture.
À cette vie si banale qu'est la vie d'un écrivain. Il n'y a rien à raconter. Pas de strass, de lampions ni de fêtes, rien que des heures qui s'égrènent lentement dans une solitude parfois douloureuse. Allez raconter ça ! Impossible ! Ça n'intéresse personne…
 
Mais heureusement, il y a vous, les lecteurs et les lectrices que je rencontre dans les fêtes du livre ou les librairies. La lueur dans l'œil, les mots chuchotés ou le silence qui en dit long… Cela me nourrit, me recharge, me nettoie et chaque fois, je suis heureuse de cette communion silencieuse et trop rapide. J'ai envie de prolonger, de plonger dans un regard et de le déchiffrer.
Je me promène en France, en Belgique, en Suisse… et j'aime cela. Beaucoup.
Et puis, tous vos messages sur le site qui me font entamer une gigue de joie derrière l'ordinateur…
 
Dans ma poche, en ce moment, il y a un roman qui me tient compagnie, que je savoure doucement, doucement pour le faire durer longtemps. J'ai peur de le finir.
 
Il s'appelle "Le pouvoir du chien" de Thomas Savage (éditions 10/18). C'est un libraire qui me l'a offert après une signature. Il me l'a glissé dans la poche et depuis je ne quitte plus ce roman magnifique…
Deux frères vivent seuls dans un ranch du Montana. Deux cow-boys riches de terres et de bétail. Il y a George, taciturne, complexé, lourdaud et Phil, vif, audacieux, mordant, rusé tel un serpent. Ils vivent comme un vieux couple. C'est Phil qui parle, qui parade, qui tient les rênes et George l'écoute. Ils possèdent le plus gros ranch de la région, mais vivent simplement comme deux hommes bourrus et frustres.
 
Jusqu'au jour où George rencontre Rose et l'épouse.
Et il va découvrir l'émerveillement du bonheur, l'instant qu'on retient, les bouquets de fleurs, le son d'un piano, les belles robes qui bruissent… Et l'amour.
"C'est drôle, mais à présent, même quand je suis tout seul, je me sens bien…"
Phil ne va pas supporter l'intrusion de Rose dans le couple qu'il formait avec son frère et sa vengeance va être cruelle.
Je m'arrête là sinon vous allez m'en vouloir.
 
Ce livre, les rencontres avec vous, les librairies pleines de livres, voilà mes vrais bonheurs en ce moment. Alors je fais durer "Le pouvoir du chien" et je fais durer le moment où vous me tendez le livre et demandez une signature…