Une semaine de vacances…
Au bord de mer…
Sans téléphone ni mail ni aucun fil qui attache.
Avec une copine… dans le même état que moi.
Deux baleines échouées en pyjama.
Elle avait tout organisé. Moi, je n'étais qu'un colis qu'elle transportait. Je n'avais même pas mon billet de train… Rendez-vous à la gare du Nord à 18 heures 31.
Trois heures après on débarquait sur une plage du Nord, Ostende… dans un hôtel dont nous étions les seules clientes. Un grand hôtel face à la mer…
Et le lendemain, on ouvrait grand les rideaux sur une longue plage de sable blanc avec la mer grise et verte qui ressemble à ma mer normande. J'aime la mer du Nord, les dunes blanches à perte de vue, le soleil qui n'écrase pas mais caresse poliment, la lumière si spéciale des plages du Nord et personne à l'horizon. Pas de paréo à fleurs criardes, de peau bronzée qui craquelle au soleil, de flaque d'huile dans l'eau, d'enfants qui hurlent en prenant un raccourci sur votre serviette…
Chacune sa grande chambre en bois blond face à la mer…
J'avais apporté ma bougie parfumée, ma mini chaîne, ma théière, mon thé, de grosses paires de chaussettes, des amandes et des abricots secs, et des livres et des livres…
Ce fut délicieux.
On vivait en pyjama chacune dans sa chambre (communicantes, les chambres !). On gambadait chez l'une et chez l'autre. On essayait des crèmes pour la peau, on s'échangeait des livres. On testait les croissants et les "pistolets", les toasts et les confitures. En quelques heures, ma chambre était devenue mon décor de vie. Les piles de livres montaient au plafond allégrement, Benjamin Biolay chantait dans la chambre, Glenn Gould pianotait, ma bougie brûlait et toute la fatigue s'évaporait…
On faisait de grandes balades sur le sable en inspirant, en inspirant, en ouvrant grand les bras et en se laissant tomber tout à plat…
Une heure de piscine chaque jour, une grande piscine rien que pour nous…
Des moules et des bières le soir au bord de mer dans un décor de vacances vide de touristes et de bruits… avec des personnages improbables qui jaillissent dans la nuit. Des personnages que je croquais de l'œil, qu'on invitait à notre table, des bouts de personnages pour un prochain roman. Quel est l'écrivain qui a dit qu'on travaille surtout quand on ne fait rien ? Il avait bien raison. Je sentais mon réservoir se remplir, se remplir et je prenais des notes, interrogeais, écoutais… Je pensais à Simenon évidemment. Il vient de ce pays là où l'uniformité cache les aspérités les plus violentes. Voyager développe l'imagination, remplit la tête d'odeurs, de couleurs, de dialogues qui ressortiront un jour quand je serai seule face à l'ordinateur. Alors la brume du Nord viendra déposer un détail, deux détails, trois détails sur la page blanche et Ostende ressurgira comme par enchantement…
Ostende en hiver, c'est comme retourner dans les années 50, les films de Jacques Tati, les chansons de Jacques Brel sur le plat pays… Les restaurants ressemblent à des pensions de famille vides, les personnages ont l'air abandonné, les voitures s'arrêtent quand les piétons traversent, les poubelles dans les rues sont à tri sélectif, les propriétaires de chiens ramassent les plus petites crottes, les gens soulèvent leur chapeau pour se dire bonjour. Une courtoisie de bon aloi et des visages ronds, souriants, énigmatiques, réservés mais aimables…
On a flâné à Bruges (dix minutes de train !), on a goûté les chocolats et les pistaches, on a grignoté les frites, testé les bières, on a parlé avec des petits vieux au visage tout plissé…
Et surtout, surtout, ni téléphone ni mail… Ces deux bourreaux de notre vie moderne.
Hors d'atteinte. Abonnée absente.
Le sentiment d'être libre, libre, libre…
On est reparties avec le cou dévissé en arrière, pleines de nostalgie pour ce plat pays en bord de mer…
Le retour fut difficile…
J'avais pris le rythme de la vie en pyjama et je ne voulais plus remettre mes habits de ville. Plus répondre au téléphone, plus consulter les mails.
Dans une semaine chrono, le livre sort…
J'ai commencé à faire des interviews et des photos…
Je vous prie de m'excuser, mais je crains que vous n'entendiez parler de moi dans les jours à venir…
Ou plutôt de mes petits écureuils…
J'ai signé le service de presse…
250 livres qu'on envoie aux journalistes pour les prévenir que le livre sort et que, s'ils avaient l'amabilité de jeter un œil sur ces 850 pages, ce serait très gentil de leur part…
Les piles de livres violets aux lettres multicolores devant moi…
Mon stylo fétiche qui trace…
"Cordialement, Katherine Pancol"…
Et le livre qui s'en va vivre sa vie ailleurs.
Maintenant je vis à compte rebours… le cœur étreint d'une indéfinie tristesse. Le mardi 30 mars au soir et le mercredi 31 à l'heure du déjeuner, je serai au Salon du Livre porte de Versailles pour lancer mes premiers écureuils dans la nature…
Et le 1er avril chez Virgin aux Champs- Elysées…
Ensuite…
Je ne sais pas…

