Jérôme David Salinger est mort...

 Et je suis triste, triste...

C'est comme si un grand frère partait...

Il n'a pas écrit beaucoup, J.D Salinger, mais ce qu'il a écrit se visse dans le coeur. Il avait inventé une musique. Quand on la lisait en français, elle sonnait un peu moins bien, mais, en anglais, cela faisait une mélodie triste et drôle qui vous filait à la fois le sourire et le bourdon. Qui rebondissait sur des petits mots de rien du tout, des détails, des dentelles, des dialogues si vrais qu'on avait envie de passer la tête dans la pièce d'à côté pour surprendre les personnages en train de parler.

Je me souviens du début de "Un jour rêvé pour le poisson-banane". Le prof à Columbia nous l'avait fait étudier comme le début parfait d'une nouvelle parfaite. Et il avait raison. Je me souviens de chaque mot à sa place comme une note sur une portée de musique. Je les entendais et je montais dans une infinie allégresse...

Des phrases comme : "ce n'était pas une femme à perdre la tête pour une sonnerie de téléphone. Elle se comportait comme si le téléphone sonnait depuis sa puberté"   Bingo ! Vous voyez la fille tout de suite : élégante, légèrement distante, froide, séduisante, cruelle, libre...

Enfin, moi, je la vois comme ça quand je lis ces mots...

En 1965, il s'était retiré du monde. Les journalistes le poursuivaient pour obtenir un mot, une photo. Il les évitait, les narguait... Aucune interview, que des pieds de nez !

Dans les années 8O, un journaliste l'avait rattrapé dans la petite épicerie du patelin où il habitait. Il s'était embusqué derrière des cageots et avait espionné J.D Salinger. Il était tout heureux ! Il se disait "ça y est ! Ça y est ! je vais lui mettre la main dessus et avoir mon interview !" Il était allé téléphoner au rédacteur en chef de son journal et s'était ébouriffé les plumes. Quand il était revenu à la caisse, sûr de retrouver le vieux Salinger, il y avait un mot qui disait "va te faire f..." ou un truc comme ça !

Eh bien ! Le type, il en avait fait tout un article de ce "va te faire f....." et l'avait vendu un million de dollars à un journal trop content de recueillir trois mots écrits de la main de Salinger !

Alors...courez jusqu'à la librairie la plus proche ou ruez vous sur Internet et achetez tous les livres de J.D Salinger. Il n'y en a pas beaucoup, un roman et trois recueils de nouvelles, mais vous allez être heureux, heureux et ça tombe bien parce qu'il pleut et que le ciel est tout gris...