J'avais préparé un texte pour commencer l'année…
La première semaine de l'année 2010…
Cela donnait un truc comme ça :
"Vous devriez me voir en ce moment !
Emmaillotée dans des châles roses et bleus, un crayon et une gomme à la main, allongée sur mon lit ( mal au dos ! mal au dos !) en train de corriger le manuscrit imprimé sur des feuilles blanches…
Un tas de feuilles blanches qu'on ramasse à la pelle…
Chaussette a la tête posée sur mes pieds et râle quand je bouge, que je suis engourdie, et je bougonne et rognonne en lisant à voix haute les passages dont je doute…
C'est horrible de relire avec l'œil d'une examinatrice revêche.
C'est comme si chaque mot était tout nu, tout piteux, tout grelottant… Qu'on le scrutait, qu'on lui demandait de faire des claquettes et de pousser la chansonnette.
Quand on écrit, ça fait de la musique dans la tête, quand on relit, parfois, ça fait des croches qui grincent et s'écroulent…
On cherche la petite bête et on fait la moue. On a la bouche renversée en grimace… On agite les pieds et Chaussette grogne.
Vacances de Noël.
Les enfants sont arrivés, roses et frais de la perfide Albion. Avec des récits longs comme des manches de redingote, des fringales de petits plats, des valises de linge sale, des parties de cartes à rattraper… On a trouvé un nouveau jeu é-pa-tant : "l'envie et la malice". C'est un jeu de cartes où il faut être rusé, rapide et méchant ! Vaut mieux y jouer en bonne compagnie sinon on se brouille à vie…
Charlotte tournait un film sur Paris pour son école de cinéma (à Londres) et j'ai fait le chauffeur. J'ai tourné quinze fois autour de la Tour Eiffel et de la Concorde pour qu'elle attrape le détail qui tue et le bon angle… On a rôdé à Pigalle, la nuit, et à Montmartre, rôdé à Montparnasse et à Barbès, dans la ville chinoise et les cimetières. Je n'étais pas peu fière de voir ma fille tenir une caméra, le corps à moitié en dehors de la voiture. Je bichais comme un pou sur le crâne d'un chauve…
(Oups ! C'est Marcel qui parle, là…)
Clément promenait son mètre 98 à nos côtés et servait de garde du corps…
On a bien ri. On a bien grelotté. On a bu des cafés chauds et mangé des pains aux raisins et au chocolat, des lasagnes pleines de crème et de fromage. La vie était belle, belle…
Je suis retombée en enfance…
Ce doit être le vide créé par le livre qui vit sa vie loin de moi…Lu par d'autres regards qui l'auscultent.
Je regarde "La petite maison dans la prairie" le matin à la télé et me suis enfoncée de stupéfaction dans mon fauteuil de cinéma en regardant "Avatar", chaussée de grandes lunettes Polnareff !
Ce que j'ai préféré ? La pub, juste avant le film, pour les fraises Tagada. On voit des fraises voler dans la salle et on saute pour les attraper…
La 3 D, c'est vraiment étonnant…
Le film ? L'histoire n'a aucun intérêt (si on le voit sans les lunettes)… Pensez à vérifier que le cinéma propose vraiment ces lunettes de schtroumf. Mais sinon, c'est ébouriffant : on a vraiment l'impression d'être au milieu de la forêt, dans la cascade, sur les cimes des montagnes avec de drôles de monstres qui crachent du feu et vous empoignent. J'ai hurlé plusieurs fois de peur, j'ai jubilé, tressailli, pincé au sang le coude de mon voisin. Il faut être en forme physiquement pour voir ce film.
J'attends le prochain Tim Burton, "Alice au pays des merveilles", qui sera aussi en 3D. On va se régaler !
Nos grands-parents ont dû avoir le même frisson en assistant au premier film parlant… C'était quand déjà ? En 1927, je crois. Et il s'appelait "The jazz singer"…
Que vous dire encore de futile et de superflu ?
Que l'on va changer l'habillage de mon site et que ça va être très très beau…Enfin, c'est mon avis…"
Je parlais de choses et d'autres…
Pour vous donner des nouvelles et vous encourager à poursuivre l'année 2010…
Et puis un matin, je me suis réveillée et…
Je me suis bouché le nez, les yeux et les oreilles quand j'ai entendu les informations à la radio…
J'ai cru que j'étais dans un cauchemar.
Que j'allais me frotter les yeux et me réveiller.
Je ne suis jamais allée en Haïti, mais j'ai imaginé l'horreur et tout de suite, il y a eu la première question : que faire ?
Faudrait tout refaire là-bas. Planter des arbres, planter des maisons, planter des écoles, des hôpitaux, des échoppes… Planter de l'espoir.
Planter des sourires.
C'est un pays où y a plus rien. Et même ce rien, la terre l'engloutit…
Un jour, je suis allée en Inde.
En reportage…
Quinze jours à déambuler en attendant que le fils d'Indira Gandhi veuille bien me recevoir pour une interview.
Nous avons traîné un peu partout avec le photographe qui connaissait le pays comme la poche de mon sari.
Et…
J'avais honte tout le temps. Honte d'être blanche, en bonne santé, honte de boire de l'eau pure, de manger à ma faim, d'avoir un toit sur la tête… Je n'avais qu'une envie : me cacher. M'excuser tout le temps.
Je me suis dit que je ne reviendrai jamais en vacances loucher sur la misère des autres. Je me suis dit aussi que j'avais de la chance de vivre en France et que je faisais partie de ce 1 % de privilégiés qui mangeait à sa faim, pouvait pousser la porte d'un hôpital, aller à l'école, étudier, lire, voir des films, entendre de la belle musique…
Je n'ai jamais oublié.
Et je voudrais bien qu'une fois l'émotion passée, on n'oublie pas non plus Haïti…
1% de l'humanité...
Trois petites notes de musique...
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