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Je suis rentrée à Paris...
Les derniers cent mètres…
Je sens que ça se finit…
Que le rideau va tomber.
Chaque personnage se prépare à tirer sa révérence… mais avant de sortir de scène, ils veulent tous faire leur grand solo, lancer leur dernier cri. Il y a de la fébrilité dans l'air. Ils ont le trac et moi aussi…
Ils savent que ce sera le dernier tome, qu'ils disparaîtront à jamais…
Et je les comprends si bien, moi qui répugne à les quitter…
Je me demande comment je vais vivre sans eux. J'ai le cœur qui flageole quand j'y pense…
J'ai commencé à écrire ce livre, il y a 18 mois ! 18 mois rien que pour "eux". La vie extérieure s'est effacée. Elle s'est retirée. Je ne sais presque plus rien de ce qui se passe dans le monde… et c'est très bien comme ça car les échos qui me parviennent me donnent envie de me replier sur moi-même.
On s'étripe pour un match de foot ou des billets de 50 euros lâchés sur le Champ de Mars.
Nos Dieux s'appellent Pognon et Foot.
Quelle tristesse !
Je me demande souvent comment on en est arrivé là…
Je préfère faire la fête avec mes personnages.
Il n'y a plus de jour ni de nuit.
Plus d'enfants ni d'amis…
Il n'y a que Joséphine et Philippe, Alexandre, Becca et Dottie, Hortense et Gary, Marcel, Josiane, Junior, Shirley, Oliver, Gaétan, Zoé, Henriette, la Trompette, Chaval… et tous les autres.
On vit ensemble.
Je travaille le matin et je travaille l'après-midi et je travaille le soir et je travaille la nuit. Je me réveille à quatre heures du matin en sueur ! je dois déplacer un paragraphe, il n'est pas à sa place ! j'ouvre l'ordinateur et tapote, tapote… Il est six heures quand je le referme et me rendors.
J'ai un nouveau copain : Diderot.
Je lis ses Salons, ses critiques de tableaux qu'il écrivit comme ça lui venait, en se promenant dans les musées. À la débraillée.
J'aime cet homme, son intelligence brillante, simple, irrévérencieuse.
Honoré est un peu jaloux… Il boude dans son coin.
C'est Sarah qui m'a offert ce livre. Une lectrice qui est devenue une amie. On a commencé à s'écrire, sur mon site, il y a 5, 6 ans. Elle n'était pas sûre de pouvoir passer son bac, mais elle lisait, lisait. Et elle écrit si bien. Chaque message est une tranche de vie. Elle me racontait le Nord, le car de ramassage scolaire, ses bêtises, ses amours, ses sorties, ses amies. Des mots concrets, simples, vrais, colorés de vie et d'émotions qui esquissaient des toiles et des scènes à grands traits.
Aujourd'hui, elle vit à Paris et dépose des livres sur mon paillasson. Elle fait de belles et grandes études, après avoir passé son bac (oh ! Kat ! je n'y arriverai jamais… mais si, mais si tu vas y arriver !), puis elle a fait hypokhâgne et khâgne (oh ! Kat ! je n'y arriverai jamais ! mais si, mais si, tu vas y arriver !) …
Elle a tout réussi haut la main !
Et je bichais de joie dans mon coin.
Un jour, on a fini par se rencontrer et ça a été formidable…
Une folle dingo de livres et de mots.
L'autre soir, on s'est assises toutes les deux dans ma cuisine et elle m'a lu à haute voix les mots de Diderot. Ses passages préférés qu'elle avait marqués d'un Post it jaune…
C'était du miel qui coulait dans ma gorge.
La semaine précédente, j'avais relu "le Neveu de Rameau" (étudié à l'école quand j'étais petite !) et je m'étais régalée. Il est épatant, ce Diderot ! Brillant, insolent, clair, il a le sens du rythme et fais sonner les mots comme un vieux rocker…
Voilà.
Les derniers cent mètres.
Cela va durer encore quelques semaines et je vais écrire le mot FIN et je crois bien que je vais être triste, si triste…
Et je ne veux pas y penser !
Il faudra que je retourne dans le "vrai" monde. Et je l'aime pas trop en ce moment, le "vrai" monde…
Trois petites notes de musique...
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