Vacarme...

La semaine dernière, je suis allée à la ville.
La grande ville. Paris.
Ce fut un choc !

Depuis près de trois mois, je vis en sabots, jean, ticheurte, au rythme des marées et du soleil, des pommes rouges qui roulent sur le pré, des mouettes qui picorent la crête des vagues, des jours qui raccourcissent, du vent du Nord et du vent d'Est, de ma bicyclette bleue…
J'ai laissé le silence et la mer et je suis allée à Paris.

Quels drôles de gens que les Parisiens !
Qu'ils sont pressés, qu'ils sont furieux ! Ils paraissent en colère tout le temps. Ils klaxonnent, ils s'énervent, ils bombent le torse, ils bousculent, ils n'écoutent personne et, s'ils marquent une pause dans la conversation, c'est pour parler à leur portable…
J'étais comme le Persan de Montesquieu ou Bécassine.
Ahurie.
Je suis allée à une fête. les hommes étaient tous habillés en noir et les femmes, déshabillées en bronzé. Et bombées.

Partout on parle des mêmes choses, deux ou trois sujets sur lesquels ils s'énervent et répètent ce qu'on a déjà entendu mille fois à la télé, à la radio. Ça tape la tête. Ça asphyxie. Ils font des grands gestes, ils s'enflamment, ils sont d'accord, pas d'accord, ils se prennent à parti, se brouillent, se réconcilient. On dirait que, s'ils arrêtent de parler, ils vont disparaître. Alors chacun lutte pour aspirer un peu de vie.
Je suis bien vite repartie...

Je suis rentrée dans mon petit village…
J'ai rencontré une grand-mère qui allait voir la mer.
On a parlé de Paris.
Elle y était allée une fois, il y a trente ans.
Elle avait pris le train à Fécamp en tenant bien fort son billet dans la main et sa petite valise. Elle est arrivée à la gare Saint Lazare. A voulu prendre l'autobus pour aller chez sa cousine Germaine. A demandé aux passants où était l'arrêt du 43. On lui a indiqué d'un geste vif qu'il fallait qu'elle traverse la cour, que c'était là-bas en face…Elle est restée un long moment sur le trottoir. Hésitant à se jeter dans le flot des voitures qui klaxonnaient. Bousculée par les piétons.
L'arrêt d'autobus, elle ne l'a jamais trouvé.
La cour, elle ne l'a jamais traversée.
Elle a acheté un billet retour et est repartie à Fécamp.
Elle m'a demandé si les gens étaient toujours aussi brutaux, toujours aussi pressés, comment ils font pour vivre là-bas sans se faire écraser ?

Faut pas s'éloigner trop longtemps de Paris, j'ai pensé, parce que sinon on perd le mode d'emploi…
Faut pas rester trop longtemps à Paris, non plus.
Parce que sinon je perds le fil du roman…
Hier, j'ai franchi la page 505…
Et ça tape dans ma tête. Un autre vacarme. Mais celui-là, je l'ai choisi, je ne le subis pas. Celui-là, il me transporte, il m'agrandit, il me fait plonger dans d'autres vies. C'est un vacarme généreux. Il creuse des pistes, il ouvre des voies. J'aime ce vacarme-là…