Déjà le 6 août…
J'ai mal partout dans le dos, le cou, les épaules à force de passer des heures et des heures devant l'ordinateur. Il fait beau, beau, beau dehors et je regarde le soleil…de loin. Pas besoin de protection, j'ai l'écran de mon ordinateur qui me protège.
Ecran total.
Je vais rentrer à Paris, blanche comme un lavabo de carmélite et ronde comme une Normande nourrie de crème fraîche, de beurre salé, de poulets rôtis de la ferme, de pains aux graines de lin et de camemberts au lait cru.
Hortense, Zoé, Joséphine, Shirley, Gary, Philippe… me prennent toutes mes forces et je titube de mon lit à mon bureau, de mon bureau à mon lit en passant par la cuisine.
Le matin, un petit plouf dans l'eau pour réveiller le corps…
Puis retour au bureau blanc et position de bossue sur l'ordinateur en épluchant doigts de mains, doigts de pieds et en mangeant tous les crayons qui s'offrent.
Le soir, récréation, nous partons Chaussette et moi voir le soleil se coucher sur la plage. Chaque soir, il se pare de nouvelles couleurs et nous nous esbaubissons…
Surtout, moi. Parce que Chaussette renifle les galets à la recherche de reliefs de pique-nique et de ronds de saucissons. Il revient, triomphant, les babines grasses, et dépose à mes pieds un bout de jambon gondolé ou une vieille côtelette rongée. Pour jouer…
Hier, triomphante, j'ai atteint la page 398… Plus que deux et je pose les pieds dans une autre centaine. À raison d'un feuillet et demi par jour, j'écris comme une tortue…
Mais ça valse dans ma tête et je me régale toujours autant.
Qu'ils prennent de la place tous ces personnages ! Qu'ils sont exigeants ! Chacun a son histoire qu'il entend mener tambour battant et râle quand il doit s'effacer pour laisser la place aux autres. Ils jouent des coudes pour rester au premier plan et font tout pour se rendre intéressants.
Gary est en Ecosse et fait de drôles de rencontres…
Shirley rumine à Londres, elle est à la croisée des chemins…
Joséphine est… toujours Joséphine.
Philippe découvre une nouvelle vie à Londres…
Hortense vrombit, toute à ses affaires, et escalade les degrés de la gloire…
Zoé est amoureuse, attentive et douce comme sa mère…
Junior se prend pour Pic de la Mirandole et Josiane s'arrache les cheveux pendant que Marcel compulse livres et grimoires pour tenter de comprendre les discours de son fils ! ( Du coup, moi aussi, je suis obligée de me cultiver. Il me prend du temps, ce Junior savant !)
Et puis il y a les nouveaux… Les nouveaux personnages qui réclament à grands cris leur place dans le roman.
Si ça continue, je vais frôler les mille pages et vous, les insomnies !
Et j'attends toujours les cosmonautes du Progrès qui doivent alunir dans mon jardin cet après-midi. J'ai été prévenue par la planète France Télécom après que ma ligne a été mise "sous surveillance"… Je continue à avoir des coupures de ligne, des sautes d'humeur, des messages que j'envoie et qui n'arrivent jamais.
- Ah ? Tu m'as répondu…
- Oui…
Et j'exhibe la preuve en allant fureter dans "Messages envoyés".
- Jamais reçu…
- Ah…
J'en ai pris mon parti. Je suis devenue sage et raisonnable. Quelle est la personne qui, dans la vie, ne vous déçoit jamais ? Alors que puis-je attendre de Martiens tombés dans mon jardin ?
Pas plus que d'un humain…
Le matin, pour me donner de l'entrain, j'écoute de la musique brésilienne. Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes. Leurs plus belles chansons. Ça éclabousse ma cuisine de soleil et parfume le thé Mariage (Tsar Alexandre) que je déguste en fermant les yeux de bonheur…
Et quand j'allume l'ordinateur, j'enchaîne avec Glenn Gould et Miles Davis. John Coltrane et Bill Evans… Ils me tiennent la main et me chantent des notes qui appellent des mots.
Le téléphone sonne peu ici (et pour cause !).
Les pommiers sont toujours verts. C'est bon signe : l'été n'est donc pas fini !
Et j'ai la nuque raide, le dos en zigzag et le cerveau en alerte…
Trois petites notes de musique...
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