Seule sur mon rocher...

Telle que vous ne me voyez pas en ce moment, je bouillonne, je trépigne, j'éructe, j'ai des lames de couteau dans la bouche et de la fumée dans les oreilles. Si, si. Et pourquoi cette crépitante fureur ?

FRANCE TELECOM.

Mon Internet (Livebox de chez Orange) n'arrête pas de me contrarier. Tombe en panne tout le temps. Refuse de faire partir mes messages. Coupe ma ligne de téléphone. Grésille quand elle daigne marcher. Hoquette. M'impose une seconde de silence entre deux mots (idéal pour échanger des numéros de téléphone !). Me joue un suspense qui me rend haletante et furibonde.
Parfois j'ai l'impression d'être Robinson Crusoé sur son île déserte.
Et Chaussette se révèle un piètre Vendredi… Pas du tout solidaire. Il engloutit sa pâtée et part chasser dès le matin. Revient à midi pile voir si je n'ai pas ajouté un petit extra dans sa gamelle, repart, revient, et ignore mes ennuis techniques.

D'accord, je suis en bout de piste, au fond d'une vallée où ne passe aucune onde civilisée, perdue parmi les rochers et les mouettes, les bulots et le varech, mais est-ce une raison pour faire sauter mon réseau de communication un jour sur deux ? Pour que mes mails restent coincés dans ma boîte et dépérissent ? Pour me faire languir des heures au téléphone (tapez le 1, tapez le 2, tapez le 4, tapez le O…) et entendre au bout de dix tapages, une voix épuisée ou ricanante me dire qu'il faut raccrocher, qu'on ne peut rien pour moi et que si je suis gentille, si j'arrête de ronchonner peut-être, peut-être que dans une semaine, j'aurai droit au passage d'un technicien…
Une semaine ?
Une semaine… répond la voix lasse ou méprisante. (Parfois les deux…)

Je sais ce qu'il va faire, le technicien. Il va me considérer avec consternation, balayer du regard mes câbles, mon poteau électrique et m'annoncer qu'il ne peut rien faire, que mon installation est pourrie… Il restera sept minutes et demie, me fera signer un papier, m'extorquera quelques euros et repartira assassiner de son mépris d'autres abonnés à bout de nerfs.

Alors, en bidouillant ma livebox, j'obtiens quelques heures de répit chaque jour. Je boote et je reboote, j'inspecte les filtres, je parle au bouton rouge, je parle au bouton blanc, je les supplie, je les cajole, je promets de taper le 1, le 2 et le 4 la prochaine fois sans m'énerver…

…et je me dis que me voilà téléportée au bon vieux temps des diligences quand on ne savait jamais quand on allait arriver, dans quel état et qu'on payait quand même, bienheureux d'être transporté.
Parfois le mot progrès me rend songeuse…

Sinon…

La vie est belle dans mon bureau tout blanc.
La vie est belle mais…
Je rame, je pagaie, je lance mes filets, je gratte la croûte de mon histoire pour faire repartir l'écriture. J'ai arrêté trop longtemps pour que cela revienne facilement. Je connais ces pannes… Elles arrivent quand on s'est éloigné du livre en chantier. C'est la vengeance masquée du roman délaissé !
Et pourtant, il le fallait, j'avais besoin de détails frais pour nourrir mes personnages. Gary, surtout. C'est un vorace. Un grand gaillard qui mange des détails comme Hercule dévorait des troupeaux de bétail.

Je sais qu'il me faudra être patiente. Attendre, attendre en faisant "la balançoire" ( lire du vieux pour faire du neuf). En me laissant envahir à nouveau par le songe calme, la rêverie utile qui finissent toujours par porter leurs fruits, par déposer un beau jour un bel oeuf rond qui en appelle un autre, puis un autre qui se transformeront bientôt en phrases crépitantes…

J'attends, j'attends…
Et en attendant, je vocifère contre France Télécom !