Je n'écouterai plus jamais les informations...

Depuis quelque temps, je n'écoute plus les informations.
Trop déprimant !
À chaque bulletin, c'est la même musique. Un fait divers répété jusqu'à la nausée, la crise, les licenciements, la colère, un petit garçon violé, égorgé, la crise, les licenciements, la colère, une petite fille enlevée, violée, égorgée, la crise, un accident, deux accidents, des corps déchiquetés, des désespérés qui hurlent, des pas désespérés qui hurlent, des commentaires sarcastiques, toujours négatifs…

Une cacophonie qui tue à bout portant. Même plus envie de me lever, de poser le pied dans ce monde de violence et de désespérance…

Donc je n'écoute plus les bulletins d'informations.
Et je m'en porte très bien.

Et quand je glisse le nez dehors, je rencontre des gens qui sourient, se décarcassent, tentent d'additionner 1+1 et de trouver 2, sans avoir l'air ridicule ou naïf… mais ceux-là, on n'en parle pas.
Ils ne font pas "l'info". Ils ne font pas "polémique". (Encore un mot que j'exècre : polémique. La "polémique du jour". "Nouvelle polémique"…)

Donc je n'écoutais plus. Je me branchais sur TSF Jazz (deux lignes d'infos laconiques à chaque heure) ou Radio Classique. Ou j'écoutais en boucle la sonate pour violon et clavecin de Bach en Fa mineur, jouée par Glenn Gould. Une nappe de beauté, de douceur, d'élévation du cœur qui se dépose du bout de l'archet et tisse un voile pur, arachnéen, qui isole de la grisaille. Bach donne des ailes, de l'espoir, il embellit l'humeur, il transporte, il rend beau et humain.

Et puis, ce matin…je me réveille.
Je me demande s'il est six heures ou sept heures, je ne reconnais plus le rayon de lumière à travers les rideaux, je m'étonne, je tâtonne, je tâtonne… et j'allume la radio pour connaître l'heure exacte sans avoir à éclairer toute la chambre.

Je tombe, par malchance, sur un bulletin d'infos.
Et Bingo ! Je gagne le gros lot de l'absurde, de l'énormité, de l'imbécillité tamponnée par la Loi.
Une info qui me vrille la tête et me laisse pantelante !

Une info qui me retourne comme une carpe, me projette hors du lit et me donne envie d'enfiler des gants de boxe …

Écoutez bien :
Monsieur Jean Paul Laligant, professeur en CM1, 52 ans, trente ans d'activité professionnelle sans le moindre accroc, a été suspendu quatre mois, traîné au tribunal pour avoir dit, sur le ton de la plaisanterie, à un petit garçon de 9 ans qui montrait son zizi à ses petits camarades en pleine classe…
"Attention ! Je coupe tout ce qui dépasse !"…

Et que fait le petit garçon ou plutôt les parents du petit garçon ?

Ils préviennent les gendarmes et traînent le professeur en justice !

Les gendarmes viennent arrêter Jean-Paul Laligant.
9 heures de garde-à-vue. 4 mois de suspension. Procès. 600 euros d'amende pour "violences aggravées sur mineur de moins de 15 ans".

Le professeur a perdu son travail.
Le professeur refuse de plaider coupable.
Le professeur dit qu'il est sali à jamais.
Le professeur ne dort plus, ne sourit plus, le professeur mange des tranquillisants, le professeur ne sait plus qui il est…

Et moi, je rage d'être impuissante. Je voudrais me faire un tee-shirt qui dirait "J'aime Jean-Paul Laligant et je le défends".

Je n'écouterai plus jamais les informations.