Qu'écrire quand il ne se passe rien de rien dans ma vie ?
Enfin, je veux dire dans ma vie de femme qui habite sur terre avec deux bras, deux jambes, un nez, un cou, une tête et des cheveux comme des baguettes…
Une femme qui mange des fruits et des légumes, du poisson et du chocolat, boit du thé, épluche ses ongles en cherchant le mot juste, se gratte le nez, se gratte le crâne, se plante un crayon dans la tête, essaie de ne plus fumer.
Et allume une cigarette.
Rien à dire…
Rien à dire de ma vie sur terre.
Je ne sors presque pas de chez moi, commence à écrire le matin à huit heures, finis le soir à 19 heures, roule dans mon lit où je m'écroule jusqu'au matin pour recommencer ma drôle de routine.
Je suis devenue une chose avec dix doigts qui frappent un clavier.
Une scoliose qui écrit…
Je vis ailleurs, dans un autre monde qui n'existe pas sur le calendrier.
Cherche le numéro de l'année. Je sais que ça commence par 200…
Cherche le mois de l'année… Avril, mai ? Non, c'est mars !
Cherche le jour de la semaine… Demain, c'est dimanche ?
Paie deux fois mes factures ou les jette à la poubelle.
Branche la bouilloire sous le robinet.
Ne reconnais plus personne et dois ajuster ma pensée avant d'identifier mon ou ma meilleure amie qui vient vérifier que je suis toujours vivante…
Ou prends un charmant inconnu pour un vieux pote dans la rue en promenant Chaussette …
Lui saute au cou.
Dommage ! Je ne le connais pas et lui non plus !
Bref, je suis entrée dans la période d'écriture "zombie, zigoto, zigzag, Zavatta, z'avez pas vu Mirza".
La période où le roman aspire le réel. Complètement. Il n'y a plus aucun espoir de redescendre sur terre. Et d'ailleurs, la vie sur terre m'ennuie, m'ennuie. Je suis tellement bien là-haut. Dans mes nuages.
Que de mots, que d'événements, de rires, de sueur et de larmes dans ma vie de roman !
Dans ma vie de roman, je déborde d'informations et me rappelle, au rouage près, les ressorts de mon intrigue qui grossit, grossit, fourmille de mille branches, de mille rameaux, de mille radicelles et me tient en haleine !
J'ai hâte de connaître la suite.
Mais je ne peux rien vous dire sinon vous m'enverriez des mails de colère noire. Vous ne voulez rien savoir, donc je me tais.
Je ne donne pas des nouvelles d'Henriette qui… de Philippe qui… d'Hortense et Gary qui… de Zoé qui… de Joséphine et Shirley qui…
Je respecte votre volonté.
Vous m'envoyez des cadeaux.
De belles phrases pour décorer ma tête vagabonde.
"Les mots sont comme les gens. Leur manière de venir à nous en dit long sur leurs intentions."
"Une bibliothèque est une chambre d'amis."
« Essayez. Ratez. Peu importe. Essayez encore. Ratez encore. Ratez mieux." Conseil de Samuel Beckett à un écrivain débutant.
Ratez mieux…
Mais essayez toujours…
Car le bonheur de faire est au bout.
Dans une montgolfière.
Trois petites notes de musique...
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