Une bouteille à la mer !

Hé ! Hé !
J'avais envoyé un texte pour mon site -suivant les nouvelles instructions : j'écris comme je veux et quand je veux, j'appuie sur un bouton et Hop ! ça passe !- et il est resté coincé sur une plateforme pendant quatre jours. Comme dans une gare routière. Y avait plus d'aiguillages.
On avait "déménagé" mon site sans me le dire.

Alors je me prends à penser qu'on fait trop confiance à tous ces outils. Si ça se trouve, pendant ce temps-là, on m'a envoyé un mail très important et JE NE L'AI PAS REÇU.
Il est resté coincé sur une voie de garage.
Et je retombe dans l'angoisse délicieuse de la bouteille à la mer !

Ça me titille le cervelet, cette histoire. Imaginez : vous m'écrivez, vous vous ouvrez, vous vous confiez, vous écrivez quelque chose que vous n'avez jamais dit ou jamais formulé, vous prenez donc un risque, c'est une aventure et? Panne d'aiguillages ! Je ne le reçois pas et vous restez triste et mélancolique sur le quai de la gare. Vous ressentez encore plus fort votre solitude, votre angoisse, ou au contraire la déception de ne pas partager votre joie. Vous ne savez plus quoi penser, vous arpentez le quai? vous tournez les talons et sortez de la gare en marmonnant qu'on ne vous y reprendra plus !

Je me dis que cela doit arriver : qu'on envoie un mail que je ne reçois pas ou que j'envoie une réponse qui se perde dans les espaces infinis du mail service.
Panne d'aiguillage.

Depuis toujours, je suis sensible à ce problème de contretemps, de lettres pas reçues, de conversations mal interprétées, de rendez-vous manqués. Et le malentendu s'installe.
Et des vies bifurquent.
Je me dis qu'il a dû se passer quelque chose de semblable quand j'étais petite pour que ça me marque autant.
Pour que je fasse autant attention aux détails !
Je vais demander à ma mémoire d'aller faire une recherche.

Je suis une obsédée du détail.
J'ennuie tout le monde avec mon histoire de détails.
Je suis comme mon héroïne, Joséphine. Le détail fait souffrir ou le détail rend allègre. On se construit ou on s'effondre sur UN détail. Un détail peut donner de l'espoir, de l'amour ou ruiner un espoir, un amour.
Ou alors c'est que je suis trop sensible?
Comme Joséphine encore !
C'est fou ce qu'elle déteint sur moi. Et dire qu'au début, elle m'énervait, je la trouvais mièvre.

C'était très drôle quand j'étais à Londres : je prenais des renseignements pour Hortense (la fille de Joséphine dans le livre) et en même temps, je prenais des renseignements pour ma fille qui va vivre à Londres l'année prochaine. J'avais l'impression de m'occuper de deux filles : une réelle et l'autre fictive ! Parfois je ne savais plus où j'étais.

Cela arrive souvent.
Je navigue entre deux mondes. Avec comme boussole intérieure le rythme de la narration, l'empreinte de chaque personnage, ou les exclamations de mes vrais personnages quand je les oublie ou leur marche sur les pieds !