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Blog de Katherine Pancol

Au revoir Sucre, bonjour la Paz !

Si Sucre est douce et sucrée comme un verre de lait chaud au miel, La Paz vibre, vrombit, bouillonne.

À 4000 mètres d'altitude, un premier étage, el Alto, gigantesque quartier d'un million d'habitants où la police ne va plus, où les juges prennent la poudre d'escampette, où les feux rouges ont cessé de clignoter. Dans la "zone rouge", le soir, de longues files d'hommes attendent devant les bordels. Trafics de femmes, d'enfants, de drogues. 800 mètres plus bas, reliée par un téléphérique, une autre ville, 1 million d'habitants aussi. Le La Paz des bonnes gens, des échoppes, des hôtels, des ambassades. Vieilles maisons jetées en vrac au pied de gratte-ciel qui poussent au coude à coude pour mordre le soleil. Ça grouille, ça klaxonne, ça cahote, les fils électriques roulent en boules le long des façades. Les rues montent, descendent. On se tient le cœur, les côtes, on racle ses poumons. Le touriste ressemble à un poisson tombé hors du bocal. Il y a si peu d'oxygène que les incendies s'éteignent tout seuls. Une seule caserne pour toute la ville !

 

 

Les vendeurs de fruits et légumes s'étalent à même le sol. De vieilles maisons hissent leurs façades colorées pour se faire remarquer avant qu'on les décapite. Des fœtus de lamas séchés pendent dans les boutiques (de 50 à 250 euros le fœtus porte-bonheur). Des chulitas se pavanent en robes irisées. Ces campesinas fréquentent des écoles de mode traditionnelle et se promènent, fières de leurs tenues. Les cireurs de chaussures portent un masque sur le visage. Ils ne veulent pas qu'on les reconnaisse. Cireur de chaussures, c'est la honte. Pendant ce temps, les joueurs d'échecs se concentrent sous le regard des amateurs.

  

  

On trouve de tout à la Paz. Des chapeaux melons qui téléphonent, des tresses noires qui méditent, un restaurant trois étoiles, le Ali Pacha, à l'angle de Colon et de Potosi. Un vrai régal.

 

C'est mon dernier jour et je lambine. Hier soir, à la dernière conférence de presse, une journaliste argentine s'est levée et a dit : "saviez-vous que dans mon pays, une femme meurt sous les coups de son compagnon toutes les 18 heures ?". Il y a eu un grand silence dans l'assistance. Peut-être que cette campagne lancée par le gouvernement bolivien, soutenue par mes Muchachas, éveillera les consciences dans toute l'Amérique du Sud. Jésus seul le sait ! comme ils disent ici.